Mission égalité-diversité : Les recos de novembre

Dans le cadre de la journée de lutte contre les violences de genre (25 novembre) la mission égalité-diversité vous propose ses reco thématiques

Ce mois ci c'est VIctoria Marion, pyschologue du travail à l'Université Lyon 1 qui est l'invitée des recos !


La reco de Victoria : La Maison des femmes de Mélisa Godet

Dans le cadre des recos de la mission égalité-diversité du mois de Novembre, on m'a demandé de sélectionner une œuvre en lien avec les Violences Sexistes et Sexuelles. Difficile pour moi de choisir parmi l'immensité des ressources qui ont rythmé mon cœur de métier pendant 5 ans. D'ailleurs, je vous annonce que j'ai peut-être triché et que d'autres recos se sont glissées à la fin de ce texte...

J'ai envie de vous parler du film La Maison des femmes de Mélisa Godet, sorti en mars 2026, que je suis allée voir avec ma cousine, éducatrice spécialisée, et régulièrement confrontée à ce sujet dans le cadre de son métier.

La Maison des femmes, comme l'indique le titre, met en lumière un dispositif fondé en 2016 à Saint-Denis par Ghada Hatem, gynécologue. Son objectif : accueillir des femmes, principalement victimes de violences (mais pas que) dans un parcours de soin global. Le film se focalise sur une équipe qui accompagne des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles dans leur reconstruction. Au travers d'ateliers variés, elles apprennent à libérer leur parole, à oser dire ce qu'elles ont vécu, à mettre des mots dessus pour comprendre, accepter, partager. Elles travaillent à se réapproprier leur corps, leur image, regagner en confiance en elles. Progressivement, malgré les blessures, les stigmates, la honte, le sentiment de culpabilité, elles renaissent, s'ouvrent, s'épanouissent, se reconstruisent.

Mais pour que tout cela soit ne serait-ce qu'une possibilité, l'équipe lutte contre le risque de fermeture du dispositif. On suit alors leur colère, leur combat, leur courage. Partir en quête de financements, de subventions, convaincre politiquement de l'intérêt du projet, "devenir incontournables".

Parce qu'on parle souvent de la nécessité de mieux accompagner les victimes de violences sexistes et sexuelles, mais beaucoup moins de ce que cela implique concrètement : construire des dispositifs adaptés, faire travailler ensemble des professionnel·les de différents horizons, trouver les financements nécessaires et se battre pour obtenir les subventions indispensables à leur fonctionnement. Derrière la volonté affichée de lutter contre les violences, il y a un travail quotidien, des moyens à mobiliser et des structures dont la pérennité reste un enjeu. Le film donne à voir cette réalité, avec ce qu’elle comporte d’engagement, de difficultés et de fragilité. Et cela, sans jamais tomber dans le pathos, de manière presque documentaire et très touchante.

En tant que psychologue, je suis particulièrement sensible à cette question de l’accompagnement et à la manière dont il se construit collectivement, ainsi que la diversité des approches et des besoins pris en compte. Bien que les violences sexistes et sexuelles occupent une place importante dans le film, la prise en charge englobe plus largement les questions de santé des femmes, de rapport au corps, de droits et d’autonomie. Autant de dimensions qui s’entrecroisent et qui rappellent que pouvoir disposer de son corps, accéder aux soins et être entendue dans ses besoins ne vont pas toujours de soi.

J’ai aimé que le film donne à voir cet accompagnement dans toute sa complexité, sans le réduire à une succession de prises en charge individuelles. Il montre aussi l’importance des conditions collectives et institutionnelles qui permettent de rendre cet accompagnement possible. Parce que lutter contre les violences, ce n’est pas seulement condamner les actes commis : c’est aussi donner aux personnes concernées les moyens d’être accueillies, écoutées et accompagnées dans la durée.

Un film qui rappelle combien ces dispositifs sont précieux, mais aussi combien leur existence nécessite un engagement concret et des moyens à la hauteur des besoins.

Pour plus d'information sur le dispositif national : https://www.lamaisondesfemmes.fr/

Et comme j'adore lire, quelques petites recommandations complémentaires, en vrac :

  • La BD « Le Chœur des Femmes » d’Aude Mermilliod (à partir du livre de Martin Winckler)
  • Le recueil « Viande à viol » de Marine Peyrard
  • Le livre « En finir avec les violences sexistes et sexuelles : manuel d’action », de Caroline de Haas
  • Le roman « Le corps rebelle d’Abigail Tansi », de Chris Abani
  • Le film et la BD « Speak » de Laurie Halse Anderson


La reco d'Anaël : “Les favorites de monsieur H”, Les couilles sur la table.

“Je suis tombé.e fin octobre sur les 4 nouveaux épisodes de la série “Les favorites de monsieur H” du podcast les couilles sur la table. Même si ce n’est pas la première fois qu’on vous parle de ce podcast dans les recos de la mission, il me paraissait vraiment important de vous inciter à écouter cet épisode, complètement en lien avec le milieu de l’enseignement supérieur : l’émission vient raconter une problématique très commune et pourtant particulièrement taboue, celle des relations sexo-affectives entre les étudiant.es et leurs enseignants chercheurs. 

La première fois que j’ai entendu parlé de cette thématique, c’était pendant mon master. Ma directrice de mémoire de l’époque avait justement travaillé sur divers enjeux autour des relations sexuelles (et de de pouvoir) entre doctorant.e.s et directeurs de thèse, sur la sexualité en colloque… J’avais été particulièrement marqué par la lecture de ses articles scientifiques sur le sujet, et j’aurais aimé à l’époque, pouvoir diffuser autour de moi un contenu de vulgarisation sur le sujet. C’est chose faite, avec ce podcast, qui choisit plutôt le point de vue étudiant que celui des doctorant.es, mais la dynamique de domination et les VSS qui en découlent sont finalement les mêmes. 

Dans ces 4 épisodes, j’ai particulièrement la manière dont on vient petit à petit comprendre et décortiquer un lien qui pourrait sembler au début plutôt normal : des invitations à des événements et des sorties culturelles qui ont un lien avec le cours, des échanges sur des sujets théoriques et scientifiques qui font sentir à l’étudiante qu’elle est privilégiée, écoutée et choisie, puis petit à petit, des dérapages plutôt discret, plutôt insidieux, dissimulés, puis de plus en plus visibles et concrets : voilà toute la mécanique lente de la création d’un lien d’attachement entre un enseignant et son étudiante, dans une relation teintée de pouvoir hiérarchique, où le consentement, qui semble pourtant advenir, ne peut pas, en réalité, être véritablement éclairé, libre, spécifique et surtout réversible.

J’ai également apprécié la construction des épisodes, qui nous permet de suivre chronologiquement le parcours “type” d’une étudiante concernée avec ses mots, ponctuée par des lectures d’articles et d’ouvrages sociologiques ayant analysés ces dynamiques relationnelles, ainsi que des interview de spécialistes du sujet (dont mon ancienne directrice de mémoire!). Je vous recommande donc vivement cette écoute.

Si vous êtes un.e étudiant.e ou une doctorant.e victime de comportements qui dépassent le cadre d’enseignement et le cadre professionnel de l’université, si vous vous questionnez sur votre situation, vous pouvez signaler les faits de manière confidentielle au dispositif de signalement pour être écouté.e et accompagné.e : Faire un signalement : discrimination harcèlement & violences sexuelles à l'Université - Lyon 1 Université Claude Bernard

D’autres part, si vous êtes membre du personnel d’un établissement de l’ESR à Lyon et que vous souhaitez explorer plus amplement cette thématique des relations inégalitaires dans la recherche (comme celle des thésard.e.s et directeur.ices de thèse), je vous invite à vous inscrire à une formation que nous programmons jeudi 26 novembre prochain : Comprendre les inégalités de genre dans la recherche et l'enseignement supérieur : Geforp
 

La reco de Julie  : Podcast Et si les études féministes : Masculinités et féminismes en tension : Une conversation avec Sam Chourot

Le balado «Et si les études féministes» est dédié à l’exploration des approches féministes en recherche, dans un cadre qui déhiérarchise les savoirs. Ce programme, hébergé sur la plateforme CHOQ.ca, s'adresse à celles et ceux qui souhaitent en connaître un peu plus sur les études féministes, leurs spécificités, leurs contradictions, leurs impacts et débouchés : chaque épisode est conçu comme une plateforme pour mettre en avant la parole des personnes présentement ou anciennement étudiantes en études féministes, pour engager des dialogues stimulants sur la recherche, l’intime, le militantisme et l’objectivité!

Dans la perspective de notre table ronde sur les masculinismes l'épisode "Masculinités et féminismes en tension : une conversation avec Sam Chourot", du podcast Et si les études féministes tombe à pic pour faire le point sur le sujet et venir poser vos questions avec un bagage solide.

Étudiant·e non-binaire en sciences politiques spécialisé·e en études féministes, Sam Chourot explore dans cet épisode les tensions autour de la masculinité entre la deuxième et la troisième vague féministe, et pose une question qui promet de nourrir nos échanges : comment parler des hommes sans fragiliser le féminisme ?

Petit clin d'œil au passage : ce podcast est signé Taïmé Pacalon, qui n'est pas tout à fait une inconnue pour nous — elle a été stagiaire à la mission égalité-diversité de Lyon 1, et c'est elle qui a assuré la réalisation éditoriale et les interviews de la saison 2 de notre podcast Amphi 25 ! Autant vous dire que l’équipe est drôlement fière de ce beau parcours et de constater que l’expérience à la mission a suscité une vocation durable ! Bravo et merci Taïmé ! ;)

Écouter l'épisode

Et rendez vous le 25 novembre à 12h15 pour la table ronde sur les masculinismes 


La reco de Marthe : Mémoire de fille - film de Judith Godrèche

Adapté du récit autobiographique d’Annie Ernaux, Mémoire de fille revient sur l'été 1958, celui des 18 ans de l'autrice. Cet été-là, Annie Ernaud quitte pour la 1ère fois sa campagne natale, ses parents et sa meilleure amie pour aller passer l'été en tant que monitrice de colonie de vacances. L'excitation est à son comble et cette expérience synonyme de liberté. C'est l'heure des rencontres et des 1ères fêtes.

Cet été-là sera aussi le temps de l'entrée de la sexualité : "T'as déjà dormi avec un garçon toi ?" voilà la question qui occupe l'esprit d'Annie E. Elle en fera d'ailleurs elle-même l'expérience. Mais en 2026, nous ne parlerons pas de "dormir avec un garçon". En 2026, après #Metoo, j'ai bon espoir que pour la majorité d'entre nous nous verrons à l'écran et sans aucun doute le consentement bafoué, l'état de sidération. Nous comprendrons la souffrance et lirons à travers ces scènes la violence. Pourtant en 1958, pour Annie Ernaud comme pour beaucoup d'autres jeunes filles ces réalités et ces termes n'existent pas. Alors comment raconter l'impensé, l'innommable, l'indicible ? Et bien avant de le raconter, comment le vivre comme tel si les mots sont absents ?

Judith Godrèche réussit à capturer ce décalage : montrer à voir l'évidence de la violence aux spectateurices sans trahir l'esprit d'Annie E. Accompagner la victime à mettre des mots tout en respectant sa temporalité, c'est d'ailleurs notre priorité dans l'accompagnement des personnes.

Ce film m'a beaucoup émue, par la justesse de son regard. Il m'a mise en colère, m'a attristée bien sûr. Mais il m'a donné beaucoup de force aussi : il me semble que le travail de sensibilisation mené depuis maintenant des dizaines d'années porte ses fruits. Aujourd'hui les violences sexistes et sexuelles ont un nom. Et si le chemin paraît encore terriblement long et fastidieux, outiller les personnes à connaître leurs droits, apprendre à identifier ces violences, les légitimer à pouvoir les dénoncer : voilà qui recouvre sans aucun doute un sens précieux.

Il ne reste que quelques séances pour aller voir le film au cinéma, sinon inscrivez le dans votre note de téléphone "films à voir" ! ;) N'hésitez pas bien sûr à lire le livre également!