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Les trésors de Lyon 1 Université – récits de collections | Objet n°3 : les carnets de tatouages d’Alexandre Lacassagne
À travers la série Les trésors de Lyon 1 Université ‒ récits de collections, l’université vous ouvre les coulisses de ses collections et met en lumière certaines de ses pièces les plus remarquables. Parmi elles, sept carnets rassemblant plus de huit cents tatouages collectés à la fin du XIXe siècle par Alexandre Lacassagne. Longtemps tenus pour disparus, ces carnets, aujourd’hui conservés parmi les fonds anciens de la Bibliothèque universitaire Lyon 1, offrent un regard singulier sur les corps, les imaginaires et les méthodes du père de l’anthropologie criminelle.
À propos des fonds anciens des BU Lyon 1 : une mémoire savante à feuilleter
Dans les réserves de la bibliothèque universitaire Lyon 1, reposent des dizaines de milliers de documents antérieurs à 1920, les plus anciens datant du début du 16e siècle. Provenant de la création de l’Université de Lyon en 1896, ces fonds anciens ont été enrichis au fil du temps par les acquisitions faites au XIXe siècle, les dons de nombreux professeurs et médecins lyonnais, des transferts de collections ou des confiscations consécutives à la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905. Aujourd’hui, ces collections connaissent une seconde vie grâce à leur mise en ligne.
Parmi ces trésors figure un ensemble aussi singulier que troublant : les carnets de tatouages d’Alexandre Lacassagne.
L’objet : des tatouages saisis à même la peau
Les carnets de tatouages d’Alexandre Lacassagne (1843-1924) se composent de sept recueils ‒ de 26 centimètres chacun ‒ contenant plus de 800 cartons montés sur onglet. Sur chacun d’eux, figure un tatouage reproduit avec une précision saisissante. Lacassagne les a décalqués directement sur la peau de soldats affectés aux bataillons d’Afrique, lorsqu’il exerçait comme médecin militaire en Algérie, à l’aide d’une toile transparente. Les motifs ont ensuite été mis en couleur, collés sur carton et soigneusement classés. Ils sont rassemblés dans des recueils thématiques : emblèmes militaires, attributs militaires, emblèmes érotiques, têtes, bustes, portraits de femme, emblèmes professionnels, etc.
Au verso, l’écriture à la plume du médecin livre de nombreuses informations : identité du tatoué, lieu de naissance, profession, niveau d’instruction, date et procédé du tatouage, description et localisation sur le corps, ainsi que des appréciations sur la « moralité » de l’individu. Ces carnets illustrent la démarche d’Alexandre Lacassagne, chef de file de l’école lyonnaise de criminologie, qui étudiait les tatouages comme des indices sociaux et culturels, dans le cadre des théories criminologiques de la fin du XIXᵉ siècle.
Une ressource inestimable pour les historiens
Ensemble unique, ces carnets constituent une ressource de premier plan pour l’histoire des sciences et l’histoire lyonnaise. Offrant de précieux aperçus sur les émotions, les valeurs, les horizons culturels des tatoués et les styles des tatoueurs de la fin du XIXe siècle, ils intéressent aujourd’hui historiens, historiens de l’art et sociologues, en France comme à l’étranger. Ils entrent aussi en résonance avec l’intérêt contemporain pour le tatouage[1].
« Il s’agit de la célèbre collection Lacassagne, orgueil du Laboratoire de médecine légale. »
— Alessio Petrizzo, historien, Université de Padoue
Parcours : des carnets longtemps invisibles aujourd’hui mis en lumière
Longtemps considérés comme disparus, les carnets étaient en réalité conservés à la Faculté de médecine, précieusement gardés par Liliane Daligand, professeure de médecine légale, à qui ils avaient été confiés par Louis Roche, professeur de l'Institut universitaire de médecine légale et de criminologie clinique. En 2023, ils sont remis à la bibliothèque universitaire afin d’assurer leur conservation et leur diffusion. Ainsi, les carnets de Lacassagne ont fait l’objet de plusieurs expositions, dont une organisée à la BU Santé en 2024 à Lyon, attirant près de 11 000 visiteurs. La présentation des carnets a connu un grand retentissement médiatique.
Coulisses : restaurer l’exception
Les sept carnets ont bénéficié d’une restauration à la Bibliothèque nationale de France (BnF). Pour le plus endommagé, un fac-similé a d’abord été réalisé afin de permettre une restauration à l’identique. Ce travail exceptionnel a mobilisé et passionné les restaurateurs de la BnF.
La restauration des Carnets de tatouages d’Alexandre Lacassagne sera mise à l’honneur lors d’une journée dédiée le 29 mai 2026 à la Bibliothèque Sciences de Lyon 1 (Campus LyonTech-la Doua, Villeurbanne), avec des interventions de spécialistes : Anne-Claire Nault, restauratrice à la BnF, Muriel Salle, historienne à Lyon 1 Université, et Livia Rapatel, conservatrice à la BU Lyon 1, en présence de Mathieu Maillard, vice-président délégué de la commission recherche à la science ouverte de Lyon 1 Université, et de Gilles Rodes, Doyen de la Faculté de médecine Lyon Est. Retrouver tout le programme de l'événement.
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En savoir plus :
- Consultez en ligne sur Gallica les carnets restaurés et numérisés par la Bibliothèque nationale de France.
- Découvrez l’histoire d’Alexandre Lacassagne en écoutant l’épisode « Médecine légale à Lyon : de Lacassagne à aujourd’hui » du podcast Sciences en récits.
- À lire également : Les carnets de tatouage d’Alexandre Lacassagne sur le Blog Interfaces/livres anciens
[1] L’enquête IFOP de 2018 révélait que 18% de la population française était tatouée dont 29% des jeunes de moins de 35 ans.