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Scan Nano Treat : des nanoparticules « tout-en-un » pour imager et traiter le cancer

La prise en charge des tumeurs repose aujourd’hui sur une succession d’étapes – diagnostic, traitement, suivi – réparties entre plusieurs services hospitaliers, au risque d’allonger le parcours de soin. Le projet européen Scan Nano Treat, coordonné par l’Université Claude Bernard Lyon 1 et financé par l’European Innovation Council (EIC) Transition, ambitionne de transformer ce modèle grâce à des nanoparticules « tout-en-un » associant imagerie et traitement du cancer. À la croisée de la chimie, de l’imagerie médicale et de l’innovation, ce projet ouvre des perspectives majeures pour la médecine et le transfert vers l’industrie.

Des nanoparticules théranostiques au cœur de l’innovation

Scan Nano Treat repose sur le développement nanoparticules capables de combiner imagerie et traitement du cancer au sein d’un même système. Ces nanoparticules sont des agents théranostiques, un terme issu de la contraction de thérapie et diagnostic.

« Ce sont en quelques sorte de véritables mini couteaux suisses qui permettent à la fois l’imagerie et le traitement du cancer en utilisant une seule machine, le scanner à rayons X », résume Frédéric Lerouge, Professeur à l’Université Lyon 1, chercheur au Laboratoire de chimie de Lyon (LCH – ENS de Lyon / CNRS / Université Lyon 1) et coordinateur du projet.

Scan Nano Treat
Scan Nano Treat

À gauche : Frédéric Lerouge (Professeur à l'Université Lyon 1 - coordinateur du projet ScanNanoTreat) ; à droite : Frédéric Chaput (Directeur de recherche - impliqué dans le projet ScanNanoTreat).

La particule est tout-en-un : elle joue le rôle à la fois d’agent de contraste pour l’imagerie et de médicament pour le traitement. Il faut noter qu’au départ, ce n’est pas un médicament, mais lorsque l’on expose cette particule à des rayons X, ces derniers activent la fonction thérapeutique.

Avec Scan Nano Treat, l’ambition est de franchir une nouvelle étape en passant de modèles animaux de petite taille à une validation sur des animaux de plus grande taille, notamment le porc, dans un horizon de trois ans. L’idée étant d’aller ensuite jusqu’à l’humain.

Frédéric Lerouge intervient sur la coordination globale du projet ainsi que sur les aspects scientifiques liés à la chimie des nanoparticules avec Frederic Chaput (DR CNRS) également impliqué dans ce projet. « Le but est d’optimiser ces systèmes pour qu’ils soient à la fois très performants en tant qu’agents de contraste pour l’imagerie, et efficaces en tant qu’agents pour le traitement, tout en restant les plus inoffensifs possible tant qu’ils ne sont pas activés », précise Frédéric Le Rouge.

De la recherche fondamentale à l’innovation médicale

S’inscrivant dans la continuité directe du projet SCANnTREAT[1], aux résultats prometteurs, Scan Nano Treat ouvre la voie à une étape cruciale : faire passer la technologie du laboratoire vers une application clinique et industrielle.

Nous sommes vraiment dans une transition laboratoire–industrie, explique Frédéric Lerouge.

L’objectif est clair : transformer une preuve de concept scientifique en une technologie suffisamment mature pour envisager une exploitation industrielle, sous forme de licences ou de start-up.

Il s’agit du premier projet en France porté par un établissement académique dans ce programme, et l’un des trois projets santé sélectionnés en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Scan Nano Treat
Scan Nano Treat


Scan Nano Treat
Scan Nano Treat


Scan Nano Treat
Scan Nano Treat

Lucie Meunier ‒ actuellement en thèse sur le projet européen ScanNanoTreat ‒ en train de préparer une suspension de nanoparticules pour le projet.
 

Scan Nano Treat
Scan Nano Treat

Utilisation d'un bain ultrasons pour favoriser la dispersion de nanoparticules dans l'eau.

Une imagerie de pointe pour un suivi précis et quantifiable

À Lyon, le projet bénéficie d’un environnement technologique exceptionnel grâce à la présence, dans les hôpitaux de Bron, d’un scanner spectral à comptage de photons, le SPCCT : une nouvelle génération de scanner avec une capacité de visualisation et de quantification particulièrement fine.

C’est dans la continuité de cette technologie, développée par Philippe Douek[2], qu’ont émergé successivement les projets Scan N Treat, puis Scan Nano Treat.

L’association du scanner spectral et des nanoparticules développées au LCH permet d’envisager un suivi simultané du diagnostic et du traitement, en temps réel, sur différentes pathologies, avec un focus particulier sur le cancer. Le projet se concentre actuellement sur le cancer du pancréas, un cancer particulièrement agressif.

Un projet européen collaboratif

Doté d’un budget d’environ 2,5 millions d’euros, Scan Nano Treat repose sur une collaboration étroite entre partenaires académiques et industriels. L’Université Lyon 1 en assure la coordination, en lien avec Lyon Ingénierie Projets (LIP) pour le montage et la gestion du projet. Scan Nano Treat implique deux laboratoires rattachés à l’université ‒ le LCH et CREATIS ‒ ainsi que l’Université de Maastricht, l’entreprise irlandaise Inelcom pour les aspects de transfert de technologie et de propriété intellectuelle et enfin Guerbet, industriel majeur des agents de contraste, et Philips pour la partie scanner.

C’est la solidité des liens tissés entre ces partenaires que Frédéric Lerouge tient à souligner en commentant l’obtention de l’appel EIC Transition : « Nous étions vraiment contents. Cette réussite est d’autant plus appréciable que nous avions commencé à construire des bases solides avec les collaborateurs, tant au niveau du montage du projet que de la préparation de l’oral. Il y avait vraiment une volonté partagée de travailler ensemble ».

Scan Nano Treat
Scan Nano Treat


Scan Nano Treat
Scan Nano Treat

Lucie Meunier et Frédéric Lerouge, lors de la préparation d'une suspension de nanoparticules.

 

Propos recueillis par Anna Thibeau / Direction de la communication Université Lyon 1
Photos : Eric Le Roux / Direction de la communication Université Lyon 1

 


[1] financé par l’EIC Pathfinder en 2020-2021

[2] Professeur à l’Université Lyon 1, praticien hospitalier aux Hospices civils de Lyon

Publié le 23 février 2026