Le mystère de la « madeleine de Proust » enfin expliqué par les neurosciences

Proust

Une équipe de scientifiques du Centre de recherche en neurosciences de Lyon (CNRS/Inserm/Lyon 1 Université) vient d’identifier les mécanismes cérébraux à l’origine de la célèbre « madeleine de Proust », phénomène lors duquel des odeurs font resurgir des souvenirs d’enfance particulièrement vivaces et chargés d'émotion, et qui restait jusqu'alors inexpliqué scientifiquement. Publiés dans PLOS Biology le 14 juillet 2026, ces travaux montrent que les expériences olfactives précoces laissent une empreinte durable dans le cerveau, capable de réactiver le contexte et les émotions associées à la mémoire, tout au long de la vie.

Les neuroscientifiques ont mis en évidence le rôle central de neurones du bulbe olfactif[1], une région du cerveau qui continue de se développer pendant l’enfance, dans l'effet « madeleine de Proust »[2]. Lorsque ces neurones sont réactivés à l’âge adulte par l’odeur d’enfance, ils sollicitent les circuits cérébraux impliqués dans la mémoire et la récompense. Avec l’âge et la réorganisation des réseaux cérébraux, le souvenir s’ancre progressivement davantage sur les circuits des émotions.

Pour établir ce résultat, les neuroscientifiques ont d'abord collecté des données via un formulaire complété par des volontaires. Les données obtenues ont ensuite été utiles à la conception d’un modèle expérimental impliquant des souris[3].

L'étude montre par ailleurs que l’effet « madeleine de Proust » résulte de l’association de l'odeur avec des expériences positives répétées durant l'enfance et au fil de la vie. Avec le temps, le souvenir « s’imprime » dans les réseaux cérébraux, ce qui explique sa remarquable persistance ainsi que sa forte charge émotionnelle.   

Lire l'alerte presse sur le site du CNRS.

Bibliographie

Positive early-life olfactory memory is rooted in the olfactory bulb and triggers large-scale changes beyond the olfactory system             
Jules Dejou, Anna Athanassi, Théo Brunel, Marc Thevenet, Anne Didier, Nathalie Mandairon, PLOS Biology, le 14 juillet 2026          
DOI : https://doi.org/10.1371/journal.pbio.3003845
 

Image : Coupe de bulbe olfactif de souris. Image acquise par microscopie à épifluorescence. 
© Jules Dejou, Université Claude Bernard Lyon 1, 2026. 
 


[1] Positionné dans la fosse crânienne antérieure, sous le lobe frontal.

[2] Nommé en hommage à Marcel Proust, auteur du roman Du côté de chez Swann (1913) dans lequel le narrateur décrit l’impression de réminiscence procurée par la dégustation d’une madeleine trempée dans du thé. Le phénomène « madeleine de Proust » peut également survenir à la suite de stimuli touchant à tous les sens.

[3] Les souris ont été exposées, durant leur jeunesse, à une odeur associée à un environnement enrichi et positif. À l'âge adulte, cette même odeur leur a été présentée dans un environnement neutre afin d'évaluer la persistance de la mémoire olfactive.