Fortes chaleurs : comment HEATWISE explore l'adaptation de notre corps ?

Ursula Debarnot

Dans un contexte de changement climatique marqué par la hausse des températures, comment l’organisme humain s’acclimate-t-il aux vagues de chaleur répétées et quelles adaptations développe-t-il lorsqu’il vit durablement dans un climat chaud et humide ? En plaçant la récupération nocturne au cœur de l’adaptation à la chaleur, le projet HEATWISE propose d’analyser les liens entre chaleur, sommeil, fonctionnement cognitif et bien être, dans deux situations écologiques complémentaires, à Lyon et en Guadeloupe.

Comprendre comment l’organisme humain s’adapte à la chaleur


En France métropolitaine, l’été 2026 a été celui de tous les records, avec les températures moyennes les plus élevées jamais mesurées et plus de deux mois marqués par des canicules. Dans les territoires ultramarins tropicaux, le défi est différent mais permanent, puisque la hausse des températures se conjugue à une humidité déjà élevée, qui limite l’évaporation de la sueur et rend le refroidissement du corps plus difficile.

Cette chaleur ne touche cependant ni tous les territoires ni toutes les personnes de la même manière. Les différences entre les sexes face à la chaleur sont encore largement méconnues, tandis que la qualité du logement et les conditions de vie influencent en grande partie la possibilité de se protéger et de récupérer.


Soutenu par l’Agence nationale de la recherche, le projet HEATWISE, porté par le Laboratoire Interuniversitaire de Biologie de la Motricité (LIBM) de Lyon 1 Université et le laboratoire ACTES de l’Université des Antilles, cherche à comprendre comment l’organisme humain réagit à la chaleur et dans quelle mesure il parvient à s’y adapter au fil des expositions.

Ursula Debarnot
C’est au Parc de la Tête d’Or, sous les palmiers de la serre tropicale, qu’Ursula Debarnot, maîtresse de conférences en Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) à Lyon 1, nous présente le projet HEATWISE.

Chercheuse au LIBM, et spécialisée en neurosciences, Ursula Debarnot pilote ce projet inédit. Elle raconte sa genèse :

« Ces dernières années, j’étudiais le sommeil des sportifs et des sportives dans leurs conditions de vie habituelles, à domicile. Et il y a trois ans, j’ai effectué un voyage professionnel en Guadeloupe, un département confronté à une chaleur chronique associée à une forte humidité. Ce séjour a déclenché mon envie d’orienter ma recherche vers les problématiques de la chaleur, avec une question centrale : comment récupérer la nuit lorsque la chaleur persiste ? De là est née l’idée d’étudier, le sommeil et l’adaptation à la chaleur dans deux contextes complémentaires, à Lyon et à Pointe-à-Pitre. »


Une recherche au plus près de la vie quotidienne


Nos connaissances reposent aujourd’hui principalement sur des expériences de laboratoire de courte durée ou des études épidémiologiques fondées sur la température extérieure, qui ne permettent pas toujours de saisir l’exposition réellement vécue et la diversité des réponses individuelles. Le sexe, l’activité physique, la chaleur accumulée dans les logements et la durée d’exposition constituent pourtant des dimensions essentielles pour comprendre cette diversité.


Ursula Debarnot


Pour combler ce manque, HEATWISE étudiera, auprès d’un nombre équilibré de femmes et d’hommes, l’acclimatation progressive à des vagues de chaleur répétées au cours de l’été à Lyon et, à Pointe-à-Pitre, les mécanismes d’une adaptation durable à un climat tropical chaud et humide.

  • À Lyon, 130 adultes seront étudiés pendant deux mois d’été.
  • À Pointe-à-Pitre, 88 habitantes et habitants exposés au climat tropical depuis plus d’un an seront suivis pendant une semaine.

L’une des originalités du projet est d’observer la chaleur sur l’ensemble du cycle de 24 heures. Pour s’endormir, le corps doit se refroidir. Lorsque la chaleur persiste la nuit, cette baisse peut être entravée, perturbant le sommeil et la récupération, avec des répercussions sur le fonctionnement cognitif, la mémoire, l’humeur et les performances du lendemain. Le projet cherchera ainsi à comprendre comment l’exposition de la journée influence la nuit, et comment la nuit prépare à affronter la journée suivante.


HEATWISE sera conduit au cœur de la vie quotidienne des participantes et participants et à leur domicile, au moyen de capteurs portés sur eux et installés chez eux, associés à des questionnaires renseignés sur smartphone. Ces dispositifs permettront de suivre notamment la température corporelle, la fréquence cardiaque, l’activité physique, l’exposition à la luminosité et le rythme veille-sommeil, tout en mesurant la température et l’humidité de leur environnement, en particulier dans la chambre.


Des évaluations du bien-être et des capacités cognitives, notamment de la mémoire et de la consolidation après une nuit de sommeil, compléteront ce suivi en conditions réelles.


Le projet veille à inclure autant de femmes que d’hommes :

Les femmes représentent la moitié de la population, mais leur santé reste encore trop souvent étudiée à partir de connaissances produites chez les hommes. Je ne veux pas que cette méconnaissance continue de se transmettre d’une génération de recherches à l’autre. En tant que chercheuse, contribuer à la réduire est un engagement profond. Dans HEATWISE, cela commence par leur donner une place égale dans notre échantillon et par pleinement intégrer leurs réponses physiologiques et psychologiques à nos analyses.


Mieux anticiper les effets de la chaleur sur la santé

L’analyse conjointe des données recueillies à Lyon et en Guadeloupe permettra de comparer les réponses à des expositions ponctuelles, répétées ou chroniques, et d’identifier les facteurs associés à une plus grande vulnérabilité ou, au contraire, à une meilleure adaptation.

Les résultats de HEATWISE contribueront à mieux comprendre la diversité des risques sanitaires liés aux températures extrêmes et à orienter des stratégies de prévention plus précises, plus équitables et mieux adaptées à la diversité des individus.

 Cet été, nous avons connu des périodes marquées par une forte perte de sommeil et un ralentissement du quotidien. Il faut donc s’intéresser dès maintenant aux adaptations à mettre en œuvre, car l’été prochain nous attend déjà. À l’heure où la chaleur redessine déjà nos journées, nos nuits et nos inégalités, comprendre jusqu’où le corps humain peut s’adapter devient une condition essentielle pour protéger efficacement la santé de toutes et tous.
 

©photos Eric Le Roux / Direction de la communication Lyon 1 Université
Propos recueillis par Anna Thibeau / Direction de la communication Lyon 1 Université