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Pierre Miossec, de l'interleukine au traitement des maladies articulaires

Pierre Miossec

Professeur d’immunologie clinique à l'Université Lyon 1, le Dr Pierre Miossec est récompensé par l'American College of Rheumatology pour l'ensemble de ses travaux sur l'interleukine 17, une protéine impliquée dans les maladies inflammatoires chroniques.

Le Docteur Pierre Miossec est professeur d’immunologie clinique à l’université Claude Bernard Lyon 1. Il nous reçoit dans son laboratoire d’immunogénomique et inflammation, au 5e étage d’un bâtiment de l’hôpital Edouard Herriot. C’est l’un des rares laboratoires à Lyon directement implantés à l’hôpital. Une situation que ce chercheur immunologiste et rhumatologue revendique comme une force pour étudier des questions cliniques. Ses travaux se concentrent sur les maladies inflammatoires chroniques et le rôle des interleukines dans leur expression clinique.
 

Depuis quand étudiez-vous les interleukines ?

C’est à Dallas que j’ai commencé mes recherches sur les cytokines, une famille de protéines qui donnent des signaux inflammatoires à destination des cellules. Ces dernières peuvent ainsi interagir à distance avec d’autres cellules pour en réguler l’activité et la fonction. Parmi les cytokines, certaines interleukines ont un rôle particulier dans les réactions inflammatoires. Du fait de ma formation clinique de rhumatologue, je me suis d’abord intéressé à leur rôle dans les maladies articulaires.

La première interleukine décrite – dans les années 80 - était l’interleukine-1. J’ai montré à l’époque qu’elle était présente dans le liquide synovial des articulations inflammatoires au cours de la polyarthrite rhumatoïde. Cette publication de 1984 a été le début de ma carrière centrée sur ce thème.
 

Et aujourd’hui vos travaux se poursuivent sur l’interleukine-17 ?

Oui, l’interleukine-17 a été associée à mon arrivée à Lyon. Le laboratoire Schering-Plough situé près de Lyon avait isolé cette nouvelle interleukine avec une première publication en 1996. Dans le cadre de cette interaction, nous avons établi dès 1998, le premier lien entre la description de l’interleukine 17 et son association aux maladies inflammatoires. Depuis, le travail de toute mon équipe est resté centré sur cette protéine dans les aspects locaux, mais aussi plus généraux des maladies inflammatoires : effets sur les vaisseaux, les muscles, le foie et tout récemment pour la compréhension des formes graves de la Covid-19.

Par microscopie de fluorescence, les chercheurs identifient des anticorps monoclonaux particuliers au sein de cellule en vue d’un ciblage thérapeutique allant de l’interleukine 17 au virus responsable de la Covid-19
Par microscopie de fluorescence, les chercheurs identifient des anticorps monoclonaux particuliers au sein de cellule en vue d’un ciblage thérapeutique allant de l’interleukine 17 au virus responsable de la Covid-19

Par microscopie de fluorescence, les chercheurs identifient des anticorps monoclonaux particuliers au sein de cellule en vue d’un ciblage thérapeutique allant de l’interleukine 17 au virus responsable de la Covid-19
 

Analyse et comparaison des caractéristiques de différentes sous-populations de lymphocytes par cyrtométrie en flux
Analyse et comparaison des caractéristiques de différentes sous-populations de lymphocytes par cyrtométrie en flux

Analyse et comparaison des caractéristiques de différentes sous-populations de lymphocytes par cytométrie en flux



Quelle force tirez-vous de la situation de votre unité en milieu hospitalier ?

Nous sommes et c’est très dommage, l’une des rares structures de recherche à Lyon à être hébergée directement sur un site hospitalier. De ce fait, nos recherches plus fondamentales sont directement en lien avec des questions cliniques soulevées par l’observation chez les/mes patients. Nos travaux sont réalisés à partir d’échantillons de sang, de biopsies. L’objectif est d’avoir une implication de ces patients qui sont réellement partie prenante de cette recherche sur leur maladie. Si une découverte scientifique est intéressante en soi, elle l’est encore plus si elle permet une meilleure compréhension pour eux.

Mesure de l’expression de gènes induits par les cytokines de l’inflammation dans des cellules d’articulation de polyarthrite.
Mesure de l’expression de gènes induits par les cytokines de l’inflammation dans des cellules d’articulation de polyarthrite.

 

Mesure de l’expression de gènes induits par les cytokines de l’inflammation dans des cellules d’articulation de polyarthrite.

Comment les interleukines, qui participent de nos défenses immunitaires, se retournent-elles contre l’organisme ?

Le point important est que les cytokines – et donc les interleukines - servent d’abord aux mécanismes de défense contre les infections. L’inflammation est la manifestation de cette défense de l’organisme face à une agression par un virus, une bactérie, un traumatisme, ... Toutefois, dans certaines situations, il se produit un emballement du système immunitaire, avec une production excessive de cytokines.

Cette production excessive et chronique dans une articulation peut mener à sa destruction. Au cours des formes graves de la Covid-19, on a parlé de tempête cytokinique. Un défaut de contrôle entraine une amplification des interactions entre toutes ces cytokines de l’inflammation. Ceci rend compte de la diffusion et de la gravité des atteintes pulmonaires, hépatiques, vasculaires, … Cet effet est augmenté chez les individus à haut risque qui ont déjà une inflammation chronique non-contrôlée, comme au cours de l’obésité. Inversement nos malades traités par inhibiteurs des cytokines sont plutôt à l’abri de ces formes graves.
 

Comment cela se concrétise-t-il aujourd’hui pour les malades ?

C’est ce qu’on appelle la recherche translationnelle, qui va du patient au laboratoire et éventuellement vers l’industrie. Dans l’idéal, cet échange doit se faire dans les deux sens. C’est certainement une très grande satisfaction de voir que nos travaux ont contribué à la mise sur le marché aujourd’hui de 3 anticorps monoclonaux dirigés contre l’IL-17 utilisés dans des maladies articulaires ou cutanées. Il aura fallu environ 15 ans pour passer de la description de L’IL-17 en 1996 au ciblage thérapeutique pour la première fois en 2010.

C’est cette contribution au thème rhumatologique qu’a récompensé la société américaine de rhumatologie en me décernant le titre de Master de l'American College of Rheumatology le 7 Novembre 2020. Ce titre vient compléter le titre de Distinguished Basic Investigator Award de l'American College of Rheumatology reçu en 2015 pour la partie plus fondamentale de ma contribution.

Dans cette même optique, nous développons actuellement d’autre interactions. L’objectif est de favoriser l’interaction entre recherche et industrie pour produire des outils utilisables dans le traitement des maladies inflammatoires et transférables à d’autres maladies comme la Covid-19.



Crédits photographies - Eric Le Roux/Direction de la communication Lyon 1 

Publié le 22 janvier 2021 Mis à jour le 28 janvier 2021