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Semaine du cerveau : à la découverte du cerveau social

Rencontre avec deux neuroscientifiques de l'institut des Sciences cognitives Marc Jeannerod (Université Claude Bernard Lyon 1) qui participent à la Semaine du cerveau.

Apprendre à faire confiance, savoir interpréter les émotions, les intentions d’autrui, … Nos compétences sociales sont fondamentales dans nos interactions avec les autres. A l’inverse, des troubles de la cognition sociale entraînent chez certaines personnes anxiété, isolement, voire parfois des risques de se mettre en danger. Chez les enfants, ces troubles nuisent également aux apprentissages.

A l’occasion de l’édition 2020 de la Semaine du cerveau, Alice Gomez et Irene Cristofori, enseignantes-chercheuses à l’Institut des Sciences cognitives Marc Jeannerod (Université Claude Bernard Lyon 1 / CNRS) vous proposent d’explorer le cerveau social. L’objectif : prendre conscience, dès le plus jeune âge, que l’identification des émotions joue un rôle central dans la régulation de nos comportements. Découvrez les portraits de ces deux neuroscientifiques qui vous accueilleront pendant cet atelier accessible dès 6 ans.
 

Alice Gomez, la conscience motrice passée au crible

Au cours de cet atelier, apprenez à lire l’esprit avec des jeux autour de la cognition sociale 

Parlez-nous de votre parcours avant l’ISC.

J’ai fait un Master à Grenoble en Neuropsychologie et neurocognition. Dans la continuité, j’ai fait ma thèse au Laboratoire de Psychologie et Neurocognition (Grenoble). Je m’intéressais aux pathologies du développement du fonctionnement de l’hippocampe, une structure impliquée dans la mémoire, en lien avec nos représentations spatiales. J’ai ensuite fait un post-doc à Paris Paris au laboratoire Unicog à Neurospin. J’étudiais un trouble neurodéveloppemental en particulier : le trouble du développement de la coordination motrice.

Ces laboratoires, dans lesquels j’ai travaillé, menaient en parallèle une forte réflexion autour de l’adaptation scolaire des élèves. Comment appliquer nos recherches aux milieux de l’enseignement pour faciliter la scolarisation des élèves en situation de handicap. Ce qui explique en partie que je suis maintenant chercheuse à l’ISC et enseignante à l’institut national supérieur du professorat et de l'éducation (INSPE). C’est cohérent en termes de formation initiale. Les laboratoires par lesquels je suis passée ont fortement impacté mes thématiques de recherche actuelles.


Sur quoi travaillez-vous à l’ISC ?


Globalement j’essaie de comprendre les bases neuronales des troubles de la coordination motrice. En particulier, les personnes atteintes de troubles de la coordination motrice ont-elles aussi des troubles de la conscience motrice ? Si vous visez une cible avec un arc et que votre flèche n’atteint pas correctement la cible, vous pouvez vous en rendre compte, ou pas. On se demande si c’est quelque chose de pathologique chez les personnes atteintes de ces troubles.

Avec Irene nous avons aussi travaillé sur le syndrome Williams – Beuren. Ce qui nous intéressait en particulier, c’est qu’au contraire du trouble du spectre de l’autisme, les personnes atteintes de ce syndrome ont une appétence sociale particulière. Leur distance sociale est mal régulée et elles ont tendance à accorder leur confiance à des inconnus. J’ai étudié en particulier l’évaluation de la confiance que font ces personnes à partir de l’analyse du visage.


Votre motivation pour participer à la semaine du cerveau ?

La thématique « Moi, mon cerveau et les autres » nous a tout de suite évoqué les aspects sociaux. Nous avions par ailleurs déjà commencé à réfléchir aux dimensions éducatives et sociales de nos travaux. La Semaine du cerveau est un moment assez privilégié pour échanger avec des parents et aussi potentiellement des enseignants. Surtout sous ce format d’atelier. On peut aller vers le public et avoir des retours de la réalité de ce que les gens pensent, ce qui les intéresse sur ces questions d’éducation sociale. Ça permet aussi d’alimenter notre propre réflexion sur les travaux à conduire.


Irene Cristofori, construire notre confiance avec les autres

Durant cet atelier, découvrez les différentes zones du cerveau impliquées dans cognition sociale 


Parlez-nous de votre parcours avant l’ISC.

J’ai suivi un Master en neuropsychologie à l’Université de Bologne en Italie. Ensuite je suis venue à Lyon pour faire ma thèse à L’ISC. Je m’intéressais à la douleur sociale, c’est-à-dire la douleur que l’on ressent lorsqu’on est exclu par les autres. Après ma thèse j’ai enchaîné deux post-docs aux Etats-Unis, au Kessler Rehabilitation Institute, Traumatic Brain Injury Lab (West Orange, New Jersey) et à la Northwestern University, Cognitive Neuroscience Lab (Chicago, Illinois]. J’étudiais comment le cerveau récupère après des lésions cérébrales. En particulier quel impact ces lésions peuvent avoir sur la cognition sociale. Après un nouveau post-doc en France, j’ai finalement obtenu un poste de Maitre de conférences à l’ISC.


Sur quoi travaillez-vous à l'ISC ?

Je continue de m’intéresser à la plasticité cérébrale et la récupération fonctionnelle, suite à des lésions, comme des tumeurs. Après une intervention chirurgicale, il y a des périodes critiques où les déficits sont plus importants. En particulier chez l’enfant. L’idée c’est de cibler les facteurs de risques pour minimiser les séquelles post-opératoires.

Je m’intéresse aussi aux aspects de la cognition sociale autour de la confiance. Comment on construit la confiance et comment on fait plus confiance aux autres par exemple à travers les cultures. Depuis que nous travaillons ensemble avec Alice autour du partage de livre dialogué et son impact sur la cognition sociale, nous avons intégré nos deux compétences : elle plutôt neuro-développement et moi cognition sociale.


Pourquoi participer à la semaine du cerveau ?

Dans mon travail, j’ai développé des aspects de psychologie positive. L’idée, c’est d’appliquer ça entre autres à la pédagogie, donc l’idée d’apporter les neurosciences aux enfants me plaisait. L’objectif, c’est de leur faire prendre conscience des émotions des autres pour les aider à mieux réguler leurs comportements. Mais nous nous adressons également aux parents et aux enseignants. De nouvelles pratiques émergent grâce aux recherches en neurosciences. Souvent, on a tendance à mettre en place des procédures dans les situations négatives. Nous voulons aussi dire : il ne s’agit pas seulement de réajuster les comportements négatifs, mais aussi de renforcer les comportements positifs.
 


Crédits photos – Eric Le Roux, direction de la communication de l’Université Lyon 1


Publié le 9 mars 2020 Mis à jour le 17 mars 2020