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ONCOPRO : une recherche clinique pour les patients, grâce aux patients

Le projet ONCOPRO vise à évaluer l'utilité d'un nouveau test sanguin dans le diagnostic du cancer et le suivi de l'efficacité des traitements. 410 patients seront suivis pendant 5 ans aux Hospices civils de Lyon.

Le dépistage du cancer est un enjeu majeur des recherches en cancérologie. Il s’appuie actuellement sur des techniques approfondies, mais il est malheureusement encore fréquent que la détection de la maladie soit trop tardive. De plus, il n’existe pas à ce jour de marqueur universel du cancer. C’est le double objectif de l’ambitieux projet ONCOPRO, auquel participent des scientifiques du laboratoire Ciblage thérapeutique en oncologie (Université Claude Bernard Lyon 1 / UJM Saint Etienne) : proposer un diagnostic rapide et un suivi de la maladie, quel que soit le type de cancer, à partir d’une simple prise de sang. S’appuyant sur une recherche clinique, l’étude réunira 410 patients qui seront suivis pendant 5 ans aux Hospices civils de Lyon (HCL).

La progastrine : la voie vers un marqueur universel du cancer ?

Il y a une dizaine d’années, deux chercheurs de Montpellier ont identifié la progastrine comme marqueur du cancer du côlon. Naturellement fabriquée par les cellules de l’organisme, cette pro-protéine était présente à des taux bien plus élevés chez les personnes diagnostiquées d’un cancer du côlon. Mais rapidement les chercheurs observent que des personnes atteintes d’autres types de cancers affichent aussi des taux de progastrine anormalement hauts. Ils découvrent alors que la progastrine est un composant de la voie Wnt, une famille de glycoprotéines intervenant dans l’embryogénèse et le cancer. « C’est une voie ubiquitaire du cancer, ce qui explique pourquoi on retrouve cette progastrine en quantité anormale dès lors qu’une personne a un cancer » explique Benoit you, Professeur à l’Université Claude Bernard Lyon 1, membre du laboratoire Ciblage thérapeutique en oncologie, et Praticien hospitalier aux Hospices civils de Lyon. 

Pour ce médecin de formation, il pourrait s’agir d’une opportunité d’identifier un biomarqueur universel du cancer. Actuellement, les différents marqueurs de diagnostic restent attachés à un cancer particulier. Avoir un marqueur indépendant du type de cancer permettrait de réaliser un dépistage plus rapide et multi-cancer. Il permettrait ensuite d’orienter plus tôt vers la recherche d’un cancer spécifique. De plus, par rapport à d’autres marqueurs dont l’identification repose sur des technologies approfondies, la mesure de la progastrine s’effectue par un simple test ELISA.

Le projet ONCOPRO vise ainsi à évaluer l’utilité d’un nouveau test sanguin reposant sur une mesure de la progastrine. Le premier objectif est de valider que des patients atteints d’un cancer ont un taux élevé par rapport aux personnes saines, quel que soit le type de cancer. Le deuxième objectif est de démontrer que le taux de progastrine peut constituer un marqueur de l’efficacité d’un traitement. Si ce dernier s’avère efficace, les scientifiques s’attendent alors à voir le taux de progastrine évoluer avec l’efficacité des traitements entrepris  dans l’organisme.
 

L’inclusion : première phase cruciale du projet

Démarré il y a un an, le projet est encore dans sa première phase d’inclusion, c’est-à-dire de construction des groupes de patients. 16 types de cancers seront étudiésà différents stades de la maladie. Les patients seront ensuite subdivisés en deux groupes :

  • Un groupe de malades traités en intention curative : des patients qui reçoivent généralement des combinaisons de traitements avec le but de guérir
     
  • Un groupe de maladie en intention non-curative : des patients dont le stade du cancer ne permet plus de guérison
     

« Pour nous il était important de vérifier que la progastrine était utile dans les deux situations » explique Benoit You. Il est nécessaire d’avoir un marqueur pour ces deux sous-groupes pour améliorer le suivi des traitements effectués, quel que soit l’état du patient.

Ces deux sous-groupes seront ensuite à nouveaux divisés en «  cohortes  » en fonction des 16 types de cancers considérés. Les scientifiques ont évalué toutes les situations possibles pour qu’un patient puisse être inclus dans l’étude. « Nous avons défini à l’avance des règles extrêmement strictes afin que nos données soient rigoureusement exploitables » ponctue le médecin. Les scientifiques espèrent réunir au total 410 patients, qui seront suivis pendant 5 ans. Ce nombre a été calculé pour répondre à des critères statistiques bien précis.
 

Etablir des ponts entre recherche fondamentale et clinique

Cette rigueur scientifique repose notamment sur les liens forts établis entre recherche clinique et fondamentale aux HCL. C’est aussi l’un des objectifs du projet : montrer qu’il est possible de mettre en œuvre une étude impliquant autant de patients différents et autant de personnels différents. ONCOPRO mobilise ainsi 16 services des HCL, regroupant des professions variées : chirurgiens, médecins, radiothérapeutes, anesthésistes, infirmiers, ARC…

Benoit You. Membre au sein d'une large équipe de recherche du projet ONCOPRO

Benoit You (PU-PH - Laboratoire Ciblage thérapeutique en oncologie). Membre d'une large équipe de recherche au sein du projet ONCOPRO

Le projet s’appuie également sur une plateforme de recherche transversale, qui coordonne l’activité autour d’ONCOPRO dans tous les services impliqués dans l’étude aux HCL. Une collaboration qui montre le lien nécessaire entre la recherche et la médecine, émanant souvent de la demande des chercheuses et chercheurs eux-mêmes. Une façon aussi de souligner qu’il existe de nombreux métiers de la recherche à l’université trop souvent méconnus. Ils incluent des postes dans la recherche fondamentale jusqu’au poste d’infirmière de recherche clinique. 

A ce titre, la plateforme transversale des HCL collabora avec le laboratoire Ciblage thérapeutique en oncologie (Université Claude Bernard Lyon 1 / UJM Saint Etienne). Créée en 2014, cette unité mixte de recherche réunit aussi bien les métiers de la recherche fondamentale que de la recherche clinique.
  


Une recherche clinique pour les patients, grâce aux patients

S’il est important de valoriser ces différentes professions impliquées dans ce vaste projet, Benoit You tient également à souligner l’implication des patients. Car si le premier objectif consiste à élaborer les groupes d’étude, un second objectif à plus long terme repose sur la capacité de l’équipe de recherche à réaliser un suivi pendant plusieurs années. Les patients devront en effet accepter une surveillance régulière pendant 5 ans, avec des prises de sang fréquentes. Un processus contraignant, alors que les patients sont parfois soumis à des traitements lourds. Pour autant, l’équipe a jusqu’à présent essuyé peu de refus ou d’abandons de leur part tant les patients souhaitent faire avancer la recherche.

Lors de l’essai clinique d’un nouveau traitement, les patients peuvent espérer en tirer un bénéfice rappelle le PU-PH. A l’inverse, dans l’étude d’un outil de diagnostic les participants n’ont malheureusement que peu de bénéfices individuels. De plus, pour ne pas déroger à la rigueur scientifique, les tests seront menés en aveugle. Les résultats des dosages restent inconnus aux cliniciens, et le traitement en cours du patient n’est donc pas ajusté en fonction des analyses des prises de sang. C’est pourquoi les patients sont les vrais « héros » de ce projet affirme Benoit You. « La dynamique qui les guide, c’est l’idée que l’étude sera utile pour d’autres. D’un point de vue éthique, nous nous devons donc de mener des recherches cliniques rigoureuses et exploitables ».


Publié le 21 février 2020 Mis à jour le 10 mars 2020