Publication scientifique


La lumière artificielle nocturne affecte-elle la reproduction du crapaud commun ?

La pollution lumineuse nocturne est actuellement reconnue comme une menace pour la biodiversité. Ce phénomène s'étend dans la plupart des pays et touche aussi bien les écosystèmes terrestres qu’aquatiques. Entre 2012 et 2016, la pollution lumineuse s’est accrue de 2,2% par an et il a été montré que de très faibles intensités correspondant au halo lumineux des villes impacte la santé des animaux. La perturbation des cycles de lumière naturelle due à la lumière artificielle est particulièrement importante pour les espèces nocturnes. Ainsi des scientifiques du Laboratoire d'écologie des hydrosystèmes naturels et anthropisés (LEHNA – Université Lyon 1 / CNRS / ENTPE) et du Laboratoire de biométrie et biologie évolutive (LBBE – CNRS / Université Lyon 1 / VetAgroSup) se sont intéressés aux effets de la lumière artificielle nocturne sur le comportement et le succès reproducteurs d’une espèce d’amphibien, le crapaud commun, Bufo bufo. Ces travaux sont publiés dans le journal Environmental Pollution.

Les amphibiens sont le groupe de vertébrés dont l'état de conservation est au plus bas ; ils comptent la plus grande proportion d'espèces menacées selon les estimations de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en 2018. Parmi eux, le crapaud commun est connu pour sa grande tolérance écologique. Cette espèce peut vivre à proximité des zones urbaines et péri-urbaines et se retrouver confrontée au phénomène de lumière artificielle nocturne. Dans une étude réalisée par des équipes lyonnaises et publiée dans Environmental Pollution, les scientifiques ont exposé expérimentalement pendant 12 jours des crapauds communs mâles adultes à trois intensités lumineuses nocturnes : 0,01 lux (intensité témoin) ; 0,1 lux (lueur du ciel urbain) et 5 lux (lampadaire résidentiel).

Les résultats montrent une altération du comportement reproducteur chez les mâles exposés à la lumière artificielle par rapport aux mâles témoins (augmentation du temps pour initier l'accouplement et arrêt de l’accouplement avant la ponte des œufs). Ces modifications comportementales sont associées à une altération du succès reproducteur. En effet, les couples avec des mâles exposés à la lumière artificielle nocturne présentent une réduction de 25% du nombre d’œufs fécondés.

Cette étude démontre clairement que l'exposition du crapaud commun, même à des niveaux modérés de lumière artificielle nocturne, peut réduire considérablement son succès reproducteur. Etant donné l'importance croissante de la lumière artificielle, il faut poursuivre les travaux pour comprendre ses conséquences à long terme sur le comportement et la physiologie des organismes. À l’heure où l’on assiste à un véritable effondrement de la biodiversité, il apparaît essentiel d'identifier les effets délétères pour les populations animales et de proposer des solutions de gestion appropriées dans un monde de plus en plus lumineux.
 

Référence article :

M. Touzot., T. Lengagne., J. Secondi., E. Desouhant., M. Théry., A. Dumet., C. Duchamp., N. Mondy. (2019). Artificial light at night alters the sexual behaviour and fertilisation of anurans. Environ Pollut, doi : 10.1016/j.envpol.2019.113883.


Accouplement de crapauds communs © Morgane TOUZOT


Publié le 9 avril 2020