Publication scientifique


Publication : des avancées dans le traitement du cancer de l’ovaire

De nouveaux essais cliniques réalisés sous la direction d’Isabelle Ray-Coquard, PU-PH du Centre anti Cancéreux (centre Léon Bérard [1]) et membre du laboratoire HESPER (Université Claude Bernard Lyon 1/UJM Saint Etienne) [2], montrent des avancées importantes dans le traitement du cancer de l’ovaire. Les résultats sont publiés en décembre 2019 dans la revue The New England Journal of Medicine.


Proposer une nouvelle thérapie ciblée dans le traitement du cancer de l’ovaire qui soit accessible à toutes les femmes, c’est l’objectif de l’ambitieux projet mené par le PU-PH Isabelle Ray Coquard. Le groupe coopérateur GINECO a ainsi réalisé le suivi de 806 patientes nouvellement touchées par un cancer de l’ovaire avec un niveau d’exigence suffisant pour que les recherches soient exploitables en vue d’un enregistrement auprès des autorités de Santé en Europe et aux Etats Unis.

Résultat d’une prolifération incontrôlée des cellules principalement due à des anomalies et mutations de leur ADN, le traitement d'un cancer repose traditionnellement sur un ensemble d’outils tels que la chimiothérapie, l’intervention chirurgicale, la radiothérapie… Cependant, en cas de diagnostic tardif les chances de rechute restent importantes et la survie de la personne en est très impactée.

Ce nouvel essai clinique était ainsi destiné à des femmes atteintes d’un cancer de l’ovaire avancé et nouvellement diagnostiqué. L’étude couplait un traitement de maintenance classique et une nouvelle thérapie ciblée. Ce second traitement vise à bloquer la propagation et la prolifération des tumeurs. Toutes les patientes bénéficiaient dans l’étude du traitement de maintenance avec la prise de bevacizumab, classiquement utilisé dans le cadre d’une chimiothérapie. Les patientes étaient ensuite réparties aléatoirement pour recevoir soit un traitement oral par olaparib, la thérapie ciblée, soit un placebo.

Cette thérapie ciblée intervient sur des anomalies moléculaires principalement dans les cellules cancereuses, avec généralement moins d’effets secondaires. Dans le cas du cancer des ovaires, l’anomalie ciblée est une défaillance dans le processus de réparation de l’ADN des cellules. On parle alors en anglais de « homologous deficiency réparation » (HDR). Elle résulte souvent d’une mutation des gènes BRCA1 et BRCA2 impliqués dans la réparation de l’ADN, aussi identifié dans le cancer du sein. Environ 25% de ces cancers de l’ovaire les plus fréquents (dits de haut grade) sont d’origine génétique.

L’olaparib agit en entraînant la mort des cellules qui ont accumulé des lésions de l’ADN (les cellules cancereuses), tout en épargnant en grande partie les cellules saines. Avec un suivi moyen de 24 mois, les résultats montrent que l’ajout de la prise d’olaparib au traitement de maintenance constitue un avantage significatif, augmentant les chances de survie sans progression de la maladie. Par ailleurs, cette étude montre l’importance de la recherche d’anomalie des gènes BRCA, tant pour le risque familial que pour quantifier l’ampleur du bénéfice attendu. Pour Isabelle Ray-Coquard, cela doit amener les cliniciens à rechercher plus tôt d’éventuelles mutations de ce gène, en vue d’un dépistage plus rapide.

L’enjeu de ce projet était aussi de s’assurer que les données de l’étude recueillies soient exploitables en vue de la mise sur le marché du médicament pour les patientes. Cela nécessite un certain niveau de qualité et de controle. Un cahier des charges des bonnes pratiques cliniques doit être respecté, et des démarches administratives assez lourdes sont nécessaires pour que les recherches soient acceptables pour les audits par les autorités.

Un travail rendu possible notamment grâce aux partenariats établis avec deux réseaux de recherche clinique internationaux : le ENGOT et le GCIG, ainsi que le Groupe d’Investigateurs National des Etudes des Cancers Ovariens et du sein GINECO. Par leur intermédiaire, et grâce à l’équipe opérationnelle ARCAGY du groupe GINECO, les médecins au contact des patientes ont pu les orienter vers cette étude et l’équipe a ainsi construit un panel de patientes dans 11 pays différents, en Europe et au Japon. Pour Isabelle Ray-Coquard, qui est au contact des patientes au quotidien, c’est bien là la finalité de ses recherches : aboutir à un traitement accessible pour toutes les patientes dans le monde.

Le 28 janvier,
la clinicienne est également intervenue dans le cadre d’un événement organisé par l’association Seintinelles pour parler de ses travaux : « Médecine personnalisée et thérapies ciblées ».

Olaparib plus Bevacizumab as First-Line Maintenance in Ovarian Cancer, The New England Journal of Medicine (2019).

[1] Centre Léon Bérard 
[2] Laboratoire HESPER 

Publié le 3 février 2020 Mis à jour le 2 mars 2020