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Point de vue de Cédric Villani sur le partage des connaissances

Cédric Villani © Eric Le Roux

On connait Cédric Villani pour sa médaille Fields et sa passion de la médiation, un peu moins pour son rôle à Wikimédia France. Partage des connaissances, accès libre aux données scientifiques : il s’exprime.

On connaît votre passion pour la médiation, on sait peut-être moins que vous êtes membre du conseil scientifique de Wikimedia France, association pour le libre partage de la connaissance. Comment avez-vous rejoint le projet ?

Cela s’est fait tout naturellement : début 2015, l’équipe créait un conseil scientifique, elle m’a sollicité et j’ai accepté tout de suite. Un conseil scientifique c’est traditionnellement une instance que l’on ouvre le plus possible vers l’extérieur, et cela vaut particulièrement pour Wikipedia qui est un projet très technique mais aussi très sociétal. Ils ont trouvé que j’étais un profil un peu naturel.

Comment les scientifiques peuvent-ils trouver leur place dans l’aspiration des citoyens à partager les connaissances ?
Les scientifiques aujourd’hui endossent nettement plus volontiers ce rôle de transmission de connaissances. Il y a des formations, des institutions, des lieux de médiation… On trouve désormais dans chaque pays quelques spécialistes de médiation scientifique qui sont eux-mêmes des scientifiques ayant appris à travailler avec les médias et parler directement avec le grand public. De plus en plus, les scientifiques cherchent à prendre leur place dans cet écosystème sans laisser la main à des professionnels de la médiation. C’est une communauté assez soudée car les chercheurs qui font de la médiation à haute dose se retrouvent avec les mêmes problématiques.

Quelles sont ces problématiques communes ?
Il y en a beaucoup : la question de la gestion du temps, la gestion de l’incertitude, la gestion des messages subtils… Les scientifiques ont une vision subtile et nuancée dans un monde où les opinions coup de poing sont bien plus faciles à propager. Se pose aussi la question du temps nécessaire aux vérifications, parce que les médias veulent une réponse rapide. Quand la démonstration de la conjecture de Poincaré par Grigori Perelman a été annoncée en 2002, il s’est écoulé deux ans complets entre l’annonce des résultats et la fin de la vérification. Que voulez-vous qu’on annonce ? Est-ce qu’un journaliste va faire son scoop sur le fait qu’on est en train de vérifier ? Cela pose de vraies questions sur le calendrier.

Retrouvez l’interview complète sur Sciences Pour Tous

Un article de Cléo Schweyer


Publié le 1 novembre 2015 Mis à jour le 16 mars 2016