Portrait,


Fanny Richard-Molard, correspondante handicap | Archive

© Eric Le Roux / Communication Lyon 1

Point de vue de Fanny Richard-Molard, sur le handicap au travail.

Portrait d'archive. 
La nouvelle correspondante Handicap depuis 2018 est Laurédane Bonnet


Pouvez-vous vous présenter et nous présenter votre rôle à Lyon 1 ?

Arrivée en octobre 2015, je suis la correspondante handicap des personnels de Lyon 1. Mon poste est en grande partie consacré à cette fonction, ce qui n’était pas le cas de la personne qui me précédait. Je viens de Bordeaux où j’ai exercé des fonctions au sein du Ministère de la justice, et où j’ai déjà eu l’opportunité d’endosser le rôle de correspondante handicap des personnels.

A Lyon 1 nous travaillons en équipe pluridisciplinaire sur le handicap, car l’association des expertises notamment au niveau des services médical et social des personnels permet d’optimiser la qualité des accompagnements qui sont proposés aux agents. 
A Lyon 1, la « Mission handicap » comprend, sur un plan thématique,

  • la Chargée de mission et 2 personnes chargées de l’accompagnement des étudiants, basés au bâtiment Astrée,
  • la Correspondante handicap qui intervient auprès des personnels. En effet, bien que membre de la DRH et située au bâtiment Daubié, je travaille en lien étroit avec la Mission handicap.

La prise en compte des situations individuelles de handicap au travail fait partie intégrante des missions dévolues aux ressources humaines. Mon positionnement est particulier car il induit une stricte confidentialité des échanges avec les agents, indispensable pour instaurer la relation de confiance qui va permettre d’accompagner au mieux chacun dans ses démarches. 

Dès lors qu’un agent rencontre des difficultés au travail en lien avec son état de santé, qu’il s’agisse d’une situation temporaire, permanente ou évolutive, je suis à sa disposition pour l’orienter. L’objectif sera toujours de réfléchir ensemble à la meilleure manière de concilier les répercussions de sa situation avec les exigences de son activité professionnelle.

Le rôle de la correspondante handicap des personnels comporte deux volets :

  • Un volet individuel par l’orientation, l’accompagnement et le suivi des agents et ce, dès lors qu’ils rencontrent des difficultés au travail en lien avec leur état de santé ;
  • Un volet collectif par la conduite de projets autour du handicap au sein de l’Université: améliorer les procédures existantes en les simplifiant et les rendant visibles (recrutement, intégration, accompagnement et maintien dans l’emploi) ; mettre en place des actions de formation et de sensibilisation auprès des personnels.

Le handicap est un sujet qui nous concerne tous, valides ou handicapés, et ce pour 2 raisons : d’une part parce qu’une personne sur deux sera touchée par une situation de handicap au cours de sa vie, de manière ponctuelle ou définitive ; d’autre part, parce que chacun·e de nous a un rôle à jouer en ce qui concerne l’image qu’a aujourd’hui le handicap dans notre société et de son évolution.

Pensez-vous que les personnes en situation de handicap sont à l’aise avec le fait d’aborder ce sujet au travail ?

Il y a des personnes qui n’ont pas de problème pour en parler et d’autres n’en parlent pas pour diverses raisons. Chacun est absolument libre de communiquer ou non sur sa situation et l’anonymat est préservé lorsqu’un agent me contacte ou passe par les services médical et/ou social des personnels.

Je peux entendre régulièrement des agents exprimer leurs appréhensions quant au fait de solliciter une aide en lien avec une situation de handicap. Je peux en citer quelques exemples tout en apportant des éléments de réponse :

 « Je ne sais pas comment faire une demande de Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) » : le service social des personnels peut vous accompagner dans cette démarche. Je vous invite également à consulter le lien suivant : http://www.education.gouv.fr/cid95331/faites-valoir-vos-droits.html.

« J’ai peur d’être stigmatisé » : cette peur traduit la nécessité de nous battre pour faire changer le regard que l’on porte tous sur le handicap, que l’on soit valide ou non. Dans une société inclusive, ce type d’appréhension est voué à disparaitre.

« Je ne suis pas handicapé à vie » : le handicap fait l’objet d’une reconnaissance officielle qui doit être régulièrement soumise à un renouvellement. Cela signifie qu’une situation de handicap peut être temporaire.

 « Je ne veux pas que mes collègues soient informés » : il n’est pas toujours nécessaire d’informer ses collègues et/ou sa hiérarchie. Cependant, lorsqu’un handicap est invisible, cela peut aider l’entourage professionnel d’être informé pour éviter les malentendus (ex : fatigabilité importante liée à une maladie, aménagement du poste perçu comme un privilège alors que l’agent fait valoir un droit lié à son statut), voire poser la question de la sécurité de chacun (ex : épilepsie).

 « J’ai une maladie, pas un handicap » : Oui, mais certaines maladies peuvent être reconnues comme invalidantes, que cela soit temporaire ou non, dès lors qu’elles induisent des difficultés pour effectuer son travail. La reconnaissance de leurs répercussions peut faciliter la vie au quotidien.

« Je ne veux pas bénéficier de privilèges » : il ne s’agit pas de privilèges mais de droits ouverts par le statut de travailleur handicapé dans le cadre de l’égalité des chances. Dès lors qu’une situation de handicapé est reconnue, l’employeur a obligation de prendre en compte le handicap et le cas échéant de mettre en œuvre des moyens de compensation afin de permettre le maintien de l’activité dans des conditions de travail adaptées.

« Je ne vois pas l’intérêt de faire une demande de Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) » : ce statut donne accès à de multiples droits. Le plus connu est l’aménagement du poste de travail par le biais d’une étude personnalisée. Il s’agit d’une obligation de l’employeur si le médecin de prévention le préconise. Il existe bien d’autres droits que je ne peux détailler ici, mais j’invite les personnes intéressées à consulter le lien suivant pour en avoir une présentation plus exhaustive : http://www.education.gouv.fr/cid95330/le-handicap-vos-droits.html  

 L’employeur ne prend pas en charge le handicap, il le prend en compte. Quand on considère le handicap en le milieu professionnel, on considère avant tout un individu qui détient des compétences dans le but d’exercer des fonctions. L’objectif est de l’accompagner afin qu’il puisse travailler dans les meilleurs conditions possibles.

 Quel est votre vision personnelle sur le handicap au travail ?

Je pense que, moins on a de connaissances, plus on a d’idées reçues. Le thème du « handicap » est souvent perçu de manière négative et il parfois même tabou. Il y a aujourd’hui encore un réel soucis de méconnaissance du sujet ce qui conduit souvent à se reposer sur des idées reçues.

Un handicap n’est pas un attribut propre à une personne, c’est le résultat de l’interaction entre un individu et son environnement. Mettons que vous y voyez mal de près : si vous conduisez vous ne serez pas forcément en situation de handicap. Par contre, pour lire un livre, vous serez en situation de handicap. La situation de handicap apparaît lors de certaines interactions avec votre environnement. Dans notre exemple, le moyen de le compenser sera de porter vos lunettes pour lire de près.

Il existe une grande diversité de manifestations du handicap que l’on peut regrouper en 5 familles :

  • le handicap moteur, dont seulement 4% nécessitent l’usage d’un fauteuil roulant ;
  • le handicap sensoriel, visuel (cécité ou malvoyance) et auditif (surdité ou malentendance) ;
  • le handicap intellectuelmental ;
  • le handicap psychique ;
  • les maladies invalidantes (allergies, diabète, lombalgie, cancer, sclérose en plaques, etc.), qui peuvent entraîner des déficiences et/ou des contraintes momentanées, permanentes ou évolutives (fatigabilité, soins…).

Certains chiffres peuvent amener à réfléchir, comme le fait que 80% des situations de handicap sont invisibles. Pourtant, l’image que l’on aura spontanément du handicap est encore souvent celle d’un individu en fauteuil roulant. Or, les personnes en fauteuil ne représentent que 3% des situations et le handicap étant dans ce cas visible, il est souvent plus facile d’adapter les conditions de travail de la personne concernée.

Par contre, si l’on prend l’exemple d’un agent malentendant, dont la situation n’est pas connue par son entourage professionnel, cela pourrait induire des confusions : il pourrait paraître désintéressé lors d’une réunion alors qu’en fait il ne parvient pas à suivre car tout le monde parle en même temps. Il suffirait de le savoir pour pouvoir agir simplement en instaurant des règles pour la prise de parole.

Laquelle de ces situations sera selon vous la plus difficile à gérer ? 
Les contraintes liées aux handicaps invisibles peuvent être les plus difficiles à comprendre pour l’entourage, en l’absence de communication et de sensibilisation. Le handicap qui peut paraître le plus « lourd » ne l’est pas forcément si on le replace dans le contexte de travail.


Publié le 4 janvier 2016 Mis à jour le 16 septembre 2019