Art et Culture,


Portrait de Stéphan Meynet, programmateur et directeur technique du Théâtre Astrée

Stéphan Meynet

Stephan Meynet, le nouveau chargé de mission Spectacles Vivants de l'Université Lyon 1 et le programmateur du Théâtre Astrée, propose une programmation annuelle de spectacle vivant (théâtre, danse, musique…) au sein d’une université scientifique.

            Le parcours de Stéphan Meynet

Parle-nous de ton parcours

J'ai commencé le théâtre au lycée. J'ai passé un bac scientifique, puis je suis devenu étudiant en mathématiques et informatique à l'université de Lyon 1, à partir de 1994. J’ai été à l’origine de beaucoup d’initiatives culturelles sur le campus : on a créé la troupe de théâtre Arthémis, l'équipe vidéo Mag'Images […]. Je suis entré dans un cercle vertueux, car c'est vertueux de faire du théâtre.

De plus, pour financer mes études, j'ai eu l'occasion de travailler comme régisseur plateau au théâtre Tête d'Or, un théâtre privé, de comédie, à Lyon. Pendant un temps, j’ai concilié ces activités avec mes études, mais comme je passais beaucoup de temps au théâtre, j'ai éprouvé le désir de l'étudier. J'ai donc fait une licence d'études théâtrales à Lyon 2, puis, plus tard, un an de master Arts du spectacle.

J'ai assisté à la naissance du Théâtre Astrée en 1997. J'ai été embauché comme régisseur général, puis comme directeur technique pour mettre en place une programmation professionnelle avec Gérard Maimone.

Enfin, après le départ de la Nième compagnie et la fin du dispositif de résidence permanente en janvier 2021, j'ai été nommé chargé de mission Spectacles Vivants, en plus de mon rôle de directeur technique.
 

Qu'est un chargé de mission Spectacles Vivants ?

C'est une création de cette année, à l'Université Lyon 1. Avant, il n'y avait qu'un chargé de mission Culture, qui s'occupe de la politique culturelle au niveau de l'université dans son intégralité. On a créé ce poste pour que je me concentre sur le spectacle vivant.

En pratique, il s'agit de s'occuper de la programmation. Je prends le relais de Claire Truche de la Nième compagnie, qui était la directrice artistique du théâtre à travers la compagnie en résidence.
 

            L’avenir du Théâtre Astrée

Quelle est ta vision du Théâtre Astrée pour les années à venir ?

Ma vision pour les années à venir puise dans ce que l'on a déjà fait par le passé, puisque l'on a été pionniers de beaucoup de choses à l'université : la première compagnie en résidence permanente, une vraie programmation régulière, des ateliers de pratique artistique...

Je compte également ouvrir plus largement aux étudiants : rechercher des partenariats avec des associations étudiantes, avec les élus étudiants et avec les autres activités artistiques qui existent sur le campus.

On va continuer de travailler avec les partenaires habituels tels que les conservatoires ; renforcer d'autres partenariats avec des structures villeurbannaises ; faire venir des compagnies que le public a aimées ainsi que de nouvelles compagnies, notamment de petites compagnies de la Métropole qui font du très bon travail de création mais manquent de visibilité.

En parallèle, nous allons essayer d'innover pour répondre aux demandes des élus étudiants. On va tenter d’implémenter des choses sur les autres sites (Gerland, Rockefeller, Lyon sud...) et de trouver de nouvelles formes. Cette année par exemple, on va initier des journées Gamers au mois de juin, car les frontières entre culture et entertainment deviennent de plus en plus poreuses.
 

Est-ce qu'il y a des axes mis en place que tu vas prolonger, notamment l'axe Arts et Science, ou tu préfères te consacrer à d'autres choses ?

En tant que metteur en scène, ce n'est pas un domaine que j'ai, par le passé, totalement exploré, malgré mon parcours de scientifique. Toutefois, il est intéressant de continuer ce travail, qui fait d'ailleurs partie du cahier des charges de Lyon 1.
 

Le Théâtre Astrée affirme être ouvert sur la cité, peux-tu nous expliquer ce que cela signifie ? En quoi cela influence tes décisions sur la programmation ?

Dès la création du théâtre, on s'est posé la question de sa situation dans le tissu culturel de Lyon. On voulait qu'Astrée soit un théâtre à part entière. On a veillé à communiquer sur l'extérieur, à faire venir les publics de Villeurbanne, de Lyon et de la région, mais tout en assumant l'originalité d'être situé à l'université.

De plus, on pratique des tarifs assez bas si l'on se compare à d'autres structures. En cela, on est vraiment ouvert sur la cité.
 

Qu'est-ce qui reste à inventer ?

Les anciens ont inventé beaucoup de choses. Je n'ai pas la prétention de trouver des nouveautés, par contre je trouve intéressant de se réinventer soi-même.

Il faut retourner à la lutte, pour que les gens connaissent la chance d'avoir un théâtre comme Astrée, d'avoir des ateliers de pratique artistique. Ce n'est pas acquis pour tout le monde.

Se réinventer passe aussi par la communication. C'est ce que j'ai envie d'explorer.

Le défi, c'est que ce théâtre continue d'exister tout en maintenant un niveau d’exigence élevé.
 

            La saison 2021

Parle-nous du Théâtre Astrée en termes de programmation.

Le Théâtre Astrée, c'est une salle de 450 places, seize mètres d'ouverture, sept mètres de profondeur [1], donc c'est un outil important en termes techniques et dans sa jauge. Quand on conçoit une programmation, il faut considérer son outil. Le nôtre à Lyon 1 est assez performant.

La programmation est pluridisciplinaire (théâtre, danse, concert, spectacle vivant), constituée au gré des possibilités et des aventures, des spectacles que l'on peut croiser.

La partie professionnelle a lieu de septembre à avril, durant laquelle on accueille à la fois des professionnels reconnus et des futurs professionnels. Les grandes compagnies nationales côtoient les compagnies locales. On propose des spectacles à rayonnement majeur mais on donne aussi une chance aux compagnies locales.

Au mois de mai a lieu le festival Les Arthémiades, consacré aux ateliers de pratique artistique de l'Université Lyon 1. C'est la partie « amateur » de la programmation.
 

Comment vis-tu les restrictions liées à la pandémie de covid19 ? Comment le Théâtre Astrée résiste à cette période ?

Personnellement bien, par contre, vis-à-vis de mes fonctions, ça pose beaucoup de difficultés.

Le spectacle vivant est un art éphémère : on fait pour défaire. Toutefois, dans cette situation, on monte et démonte sans avoir joué […]. Faire pour défaire, c'est usant quand on n'a pas la satisfaction des choses qui réussissent.
 

Que conseilles-tu cette saison pour quelqu'un qui n'est jamais allé au théâtre ?

Le Libertin, un texte d'Éric-Emmanuel Schmitt, mis en scène par moi-même et j'y joue. C'est un spectacle grand public, donc c'est une bonne carte d'entrée pour ceux qui n'ont pas l'habitude de voir des spectacles.

Également, le spectacle de la Nième compagnie, qu'on a le plaisir de recevoir en avril. 6 x 6 est un spectacle interactif qui dépend des choix des spectateurs. C'est une forme contemporaine qui renouvelle l'image du théâtre. Le côté interactif va forcément faire tomber des barrières que certaines personnes peuvent avoir dressées [2].

C’est un autre de nos axes de travail : l’exigence d'une part, et d’une autre, avoir des spectacles grand public. C'est important de donner leur chance à ceux qui ne viennent pas. Ils s'aperçoivent que le théâtre n’est pas aussi étriqué que l'on croit, que c'est aussi pour eux.
 

[1] Seize mètres d’ouverture, soit seize mètres de largeur, du bord droit au bord gauche ; sept mètres de profondeur, soit sept mètres de l’avant au fond du plateau (n. d. l. r.)
[2] Le Libertin et 6 x 6 ont depuis été, malheureusement, annulés.
 

- Article rédigé par Justine Vincenti à partir de l'interview de Stéphan Meynet ; relecture par Marie Noëlle Taine.

 

Entretien disponible dans son intégralité, à l’écoute :

Sommaire

- Connaître Stéphan Meynet : 0’05’’ à 2’40’’

- Ce qui va changer pour le Théâtre Astrée : 2’40’’ à 6’39’’

- Un théâtre ouvert sur la Cité : 6’40’’ à 8’49’’

- Le parcours de Stéphan Meynet en détails : 8’50’’ à 12’10’’

- La pandémie : de 12’11’’ à 14’15’’

- Ce qui reste à inventer : 14’16’’ à 15’34’’

- La programmation 2021 : de 15’35’’ à 22’45’’

Entretien réalisé par Justine Vincenti ; montage sonore réalisé par Margot Ardouin, enregistré le 2 février 2021.
 


Publié le 25 mars 2021 Mis à jour le 20 avril 2021