Portrait,


Jérôme Honnorat, VP délégué aux Interfaces université-hôpital

"Notre point fort, c'est notre stratégie"

Pour améliorer la prise en charge des patients, une stratégie de recherche affûtée est fondamentale. Rencontre avec le Professeur Jérôme Honnorat, Vice-Président délégué aux Interfaces université-hôpital de l’Université Claude Bernard Lyon 1.

Portrait pour le dossier central sur l’innovation en neurosciences du Magazine CLUB n°33 


Ce portefeuille de Vice-Président délégué aux interfaces université-hôpital est une première : quels sont votre rôle et votre feuille de route ?

Mon rôle de vice-président délégué aux Interfaces université-hôpital est de permettre les meilleures interactions possibles entre soin, recherche clinique et recherche fondamentale. Les Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) rassemblent université et hôpital autour d’une triple mission : le soin, la recherche et l’enseignement. Pour prendre mon exemple, je consulte au Centre Hospitalier Universitaire (hôpital neurologique Pierre Wertheimer – Hospices Civils de Lyon) sur 40% de mon temps environ. Je consacre le reste à mes activités hospitalo-universitaires, au sens large : enseignement à l’Université Lyon 1, recherche au sein de l’Institut NeuroMyoGène, qui est un laboratoire sous la triple tutelle Inserm, CNRS et Université, responsabilités diverses...

Notre rôle est de faire en sorte que le soin soit non seulement optimal, mais aussi pensé dans l’optique d’améliorer la prise en charge future. Nous souhaitons que le maximum de patients soit intégré à des programmes de recherche clinique ou à des cohortes recueillant leurs prélèvements et les données cliniques à des fins de recherche fondamentale : une bonne cohorte est indispensable à une bonne recherche physiopathologique.

Mais si on veut mener une recherche pertinente aussi bien sur le plan fondamental que thérapeutique, il faut également conduire une stratégie qui articule nos besoins et nos forces avec des thématiques d’une portée significative, car la compétition est extrêmement vive. En créant ce portefeuille, la gouvernance de l’Université Lyon 1 s’est donnée les moyens d’une réflexion commune avec les Hospices Civils et les hôpitaux de Lyon sur les axes à développer.
Nous sommes attractifs grâce à une stratégie qui s’appuie sur notre histoire, notre excellence et notre territoire.


À quelle échelle se situe la compétition ?

En matière de recherche vous êtes toujours sur un plan international. Quelle serait votre légitimité à travailler sur un sujet si vous êtes moins bon que le pays voisin, qui répond systématiquement à toutes les questions scientifiques qui sont posées ? Si vous n’arrivez pas à émerger, votre existence même a peu de sens.

La recherche lyonnaise en neurosciences est-elle bien placée sur la carte ?

Indiscutablement. Il y a eu d’énormes efforts ces 20 dernières années pour rendre les équipes de recherche en neurosciences de plus en plus efficientes et les regrouper dans de grands instituts... Pour développer une bonne recherche, il faut être attractif. Nous y sommes parvenus grâce à notre histoire, notre capacité à mettre en relation des spécialistes reconnus et à attirer l’excellence par l’excellence. Ce qui fait notre force, c’est notre stratégie. Les atouts du territoire (taille, qualité de vie) ont sans nul doute constitué un avantage supplémentaire.
Pour répondre à cet enjeu de santé publique majeur, l’appui industriel reste à consolider.


Quels sont les enjeux médicaux et scientifiques des neurosciences aujourd’hui?

Les neurosciences représentent un énorme enjeu de santé publique. Les pathologies neuropsychiatriques sont extrêmement fréquentes et le handicap qu’elles entraînent a des retombées économiques considérables. Le vieillissement de la population a des incidences sur les maladies neurodégénératives, la maladie d’Alzheimer par exemple. Il y a enfin les évolutions dues aux modes de vie. On le voit avec l’AVC, le plus gros problème neurologique en terme de volumes de patients pris en charge.

Sur le plan scientifique, les neurosciences sont multiples et vont de la biologie moléculaire, de la génétique, jusqu’à l’étude de réseaux cellulaires ou de modèles de cerveaux-machines... On articule tout cela en favorisant les ponts entre spécialités. Ces 25 dernières années, nos capacités de recherche ont été dopées par le progrès technologique (imagerie IRM, stimulation électromagnétique du cerveau, biologie moléculaire...) et on a multiplié de manière exponentielle notre appréhension du fonctionnement neuronal. Mais on n’en est pas encore à réparer du neurone !

Quelles applications industrielles peut-on attendre des neurosciences ?

Les plus prometteuses à court terme sont liées à l’intelligence artificielle. Pour le reste, nous devons encore améliorer les rapports coût/bénéfice pour que les industriels s’engagent à nos côtés. Dans l’Alzheimer par exemple, des molécules ont été développées mais certains pays ont refusé de les utiliser car le rapport bénéfice médical/coût était trop faible. Aujourd’hui on explore du côté des biomarqueurs, de nouvelles thérapies ou dispositifs : nous disposons ici de notre savoir-faire de chercheurs, d’une bio-banque, d’une unité de recherche clinique mutualisée... Notre recherche translationnelle va jusqu’au stade pré-industriel !

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Cléo SCHWEYER
Photo : © Sandra CHÂTEL

La force d’un modèle intégré 

L’Université Claude Bernard Lyon 1 déploie un potentiel de près de 700 chercheurs, doctorants et techniciens de recherche en neurosciences dans trois instituts : l’Institut Cellule Souche et Cerveau, les Instituts des Sciences Cognitives Marc Jeannerot, l’Institut NeuroMyoGène et le Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon.

Outre le Centre Hospitalier Universitaire, l’Université est également impliquée dans :
  • des plateformes de haute technologie : AURAGEN, CESAME, Ingestem, Primastem, StemGamE...
  • des Laboratoires d’Excellence : CORTEX (cerveau et cognition) et DEVweCAN (cancer).
Ces projets sont soutenus par le Programme Investissements d’Avenir.

Publié le 2 mai 2018 Mis à jour le 22 juin 2018