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Philippe Douek, une vision du futur de l’imagerie médicale

Philippe douek couverture

Pionnier dans le développement du scanner spectral pour des applications précliniques et cliniques, Philippe Douek est lauréat du concours Étoiles de l’Europe du MESRI. Ses travaux à Lyon préfigurent la prochaine génération de scanners à rayons X.

Depuis ses débuts en médecine, Philippe Douek s’est toujours intéressé aux développements technologiques, en particulier dans le domaine de l’imagerie médicale. Pour ce radiologue de formation, la recherche appliquée s’est rapidement s’imposée comme une évidence. « C’est par la recherche que l’on peut espérer améliorer la prise en charge des patients » affirme-t-il, tandis que nous entrons au CERMEP. Au sein de cette plateforme d’imagerie du vivant se trouve justement un prototype unique de scanner en passe de révolutionner l’imagerie médicale, le scanner spectral à comptage photonique (ou scanner SPCCT). Pionnier dans ce domaine, Philippe Douek, aujourd’hui professeur des universités et praticien hospitalier (Lyon 1 /HCL), a misé sur cette technologie pour voir naître à Lyon le scanner à rayons X de demain.
 

Une plateforme ouverte à la recherche et la pratique clinique

L’imagerie médicale a toujours été en lien étroit avec les avancées de la physique. Aujourd’hui encore, la radiologie nécessite de bonnes connaissances techniques abonde Philippe Douek. Devenu chercheur au Centre de Recherche en Acquisition et Traitement de l'Image pour la Santé (CREATIS) en 1992, il lui apparaît alors naturel de s’entourer et de collaborer avec des physiciens, chimistes, ingénieurs, mathématiciens… mais aussi des entreprises comme PHILIPS. Lorsque la société l’approche en 2010 pour lui présenter le prototype d’un nouveau scanner en développement, le chercheur entrevoit rapidement son potentiel d’application médicale.

Dans le but d’acquérir cette nouvelle technologie en laboratoire, il crée en 2014 le premier site français spécialisé dans le scanner spectral grâce au financement d’un projet d’infrastructure nationale en santé France Life Imaging (FLI). S’en suit la création du premier réseau international pour des essais pré-cliniques et cliniques de l'appareil. En 2016, Philippe Douek devient le porteur du projet Spectral Photon CT Counting (SPCCT), projet européen H2020 coordonné par l’Université Claude Bernard Lyon 1.

En installant ce scanner spectral au CERMEP, au sein des Hospices civils de Lyon, il a pour objectif de créer une plateforme ouverte, accessible aux radiologues et chercheurs français et internationaux. « Mon idée était que la plateforme puisse bénéficier des avancées scientifiques des équipes de diverses disciplines, mais également que ces chercheurs et praticiens tirent parti en retour des possibilités offertes par cette nouvelle technologie » explique-t-il.

Scanner classique
Scanner classique

Service de radiologie de l'Hôpital Louis Pradel (HCL) - scanner X standard
 

De l’imagerie noir et blanc à l’imagerie couleur

Inaugurée en 2019, le scanner SPCCT ne tarde pas à démontrer sa faisabilité sur de petits, puis sur de grands animaux. Et en février 2021, l’équipe de Philippe Douek réalise le premier scanner des artères du cœur d’une patiente à l’aide de ce prototype. Une première mondiale, et les images parlent d’elles-mêmes.

Images scanner SPCCT
Images scanner SPCCT

Images du coeur obtenues par scanner SPCCT


La technologie du scanner SPCCT repose sur un détecteur radicalement différent de ceux du scanner X standard. Il permet un comptage direct et unitaire des photons X incidents et leur classification par niveau d'énergie. Résultat, la résolution augmente d’un facteur trois et permet de discerner des détails de l’ordre de 200 micromètres. De plus, le scanner SPCCT offre des images en couleur. Grâce à cette large palette, les cliniciens seront à même de mieux caractériser les pathologies et détecter plus finement d’éventuelles anomalies.

En parallèle, les performances du scanner spectral s’accompagnent d’une diminution de la dose de rayons X par rapport à un scanner classique. Une avancée conséquente quand on sait que le scanner à rayons X reste aujourd’hui la principale cause d’irradiation chez l’homme. Le scanner SPCCT permet donc d’aller plus loin dans l’exploration du corps humain tout en étant moins invasif.

Actuellement, les radiologues et chercheurs de l’Université Claude Bernard Lyon 1 et des Hospices civils de Lyon multiplient les essais de faisabilité diagnostique sur différents types de maladies afin d’en démontrer les bénéfices pour toutes les applications médicales.
 

Un environnement propice à l’amélioration des soins

Le potentiel de cette technologie de rupture a d’ailleurs séduit le MESRI, qui a distingué Philippe Douek en tant que lauréat du concours « Etoiles de l’Europe ». Un succès qui n’a pas détourné ce praticien hospitalier de sa motivation première : améliorer la prise en charge des patients.

Ainsi, Philippe Douek investit déjà un nouveau champ de recherche en développement, la théranostique, discipline médicale émergente consistant à combiner diagnostic et traitement. « Le développement et l’utilisation de nouveaux traceurs, rendus possibles par le scanner spectral, nous permettent d’envisager de nouveaux traitements, notamment pour le cancer » explique-t-il. C’est l’objet du projet SCANnTREAT mené en collaboration avec des chimistes de l’ENS de Lyon et de l’Université Claude Bernard Lyon 1.

De l’innovation technologique aux premiers essais cliniques sur des patients à l’hôpital, le parcours de Philippe Douek illustre les forces de l’environnement hospitalo-universitaire lyonnais. Sans lien entre pratique clinique et recherche, impossible de faire évoluer les soins prêche-t-il. « La réussite de ce projet doit beaucoup au travail collectif d’équipes très performantes dans de nombreuses disciplines, au support logistique de Lyon ingénierie projet de Lyon 1 et aux liens étroits entre l’université et les HCL » ponctue-t-il.

Philippe Douek
Philippe Douek


Philippe Douek fait partie des 12 lauréats des « Etoiles de l’Europe » récompensés jeudi 2 décembre par Frédérique Vidal, la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.

Télécharger le communiqué de presse du MESRI
 


Crédits photographies : © Eric le Roux / Dircom Lyon 1
 

Laboratoire

Centre de Recherche en Acquisition et Traitement de l'Image pour la Santé (CREATIS - Université Claude Bernard Lyon 1/INSA Lyon/CNRS/Inserm/Université Jean Monnet - Saint-Etienne)


Publié le 1 décembre 2021 Mis à jour le 2 décembre 2021