Université et identité - Regards étudiants

Université et identité

Lola Joly

Hier, j’étais celle qui ne voyait pas d’autre voie que la médecine. Mon environnement proche et plus éloigné m’avait confortée dans le fait que c’était « la » voie, que j’allais réussir. Mais derrière cette idée bloquée dans le creux de mon crâne, il y avait finalement peu de fond. Enfin, je ne sais pas. En y repensant, je peux encore ressentir une certaine émotion à m’imaginer médecin. Pourtant, entre le stress lié à la pratique en milieu hospitalier, et l’aspect très routinier de l’exercice libéral, je ne pense pas qu’être médecin aurait réellement été enrichissant pour moi. Malgré tout, j’étais perdue en sortant de ce concours, quand j’ai su que je ne pouvais pas continuer dans ce cursus. C’est un peu comme une rupture amoureuse. Après avoir fait le deuil ‒ doucement et peut-être pas complètement ‒ de ma vocation de médecin, j’ai retrouvé un sens à ma vie professionnelle. La première année que j’ai passée en STAPS à Lyon 1 a été un premier pas dans ma renaissance. L’idée qu’on se fait des « sportifs », c’est qu’ils n’ont pas les mêmes difficultés que les autres à se motiver pour pratiquer. C’est faux. J’avais un rythme de vie déplorable, je n’avais aucune envie de me lever le matin pour aller dans le bassin froid de la piscine d’Insa, ni sur le tatami de lutte. Je ne savais pas faire le crawl et je craignais les sports d’opposition directe. Avoir été forcée à pratiquer de la natation et la lutte dans le cadre de ma formation a été une expérience formidable et une source de confiance en moi très bienvenue.

Mais laissez-moi vous parler de celle que je suis aujourd’hui. En deuxième année de master pour être cadre en activité physique adaptée, je suis remplie de doutes, mais je continue d’avancer. L’année prochaine, c’est le passage du monde universitaire au monde du travail. J’ai pris un peu d’avance, un pied dans la vie d’étudiant et un pied dans la vie professionnelle, je suis en alternance. Comment ça se passe ? Le master est organisé avec les pieds. Beaucoup d’autonomie et d’endurance sont préférables pour s’en sortir, et être capable, in fine, de gérer des projets en lien avec la promotion de l’activité physique et de la santé. Je suis à l’université seulement neuf semaines dans l’année. C’est peu. Ce fonctionnement implique une grande discontinuité entre les enseignements, mais il a le mérite d’aborder le travail en entreprise dans sa globalité. En entreprise d’ailleurs, je suis considérée comme une professionnelle.

Et demain ? Je serai celle qui suit ses envies avec discipline. Celle qui arrive à partager sainement sa vie professionnelle et personnelle. Celle qui arrive à aider les autres sans vider ses réserves émotionnelles et intellectuelles. Je ne vois pas de métier précis pour l’avenir. Seulement des valeurs à porter et à poursuivre.


Publié le 6 avril 2022