Première année, act 2 - Regards étudiants

Première année, act 2

Menad Hellel

J’étais parti dans l’idée de raconter comment j’ai fait pour arriver en France ‒ un énième récit d’étudiant étranger racontant son parcours ; le tout avec la prétention de croire que le mien serait spécial…

Ça aurait pu donner un bon rendu si je m’étais réellement appliqué et que j’avais utilisé le temps dont je disposais pour structurer convenablement mon témoignage. Mais voilà, il ne m’aurait pas été fidèle... Composer à la dernière minute ou, pour user d’une expression qui m’est familière, écrire « en catastrophe », c’est là une façon d’agir qui me correspond davantage.

J’avais vraiment retracé l’histoire de mon arrivée. Eh oui, raconter sa vie, ça je sais le faire, c’est facile. En une heure, j’avais déjà commis trois pages ; j’ai même sûrement dû dépasser la limite de 2000 caractères. Mais le résultat était davantage un amalgame de phrases collées les unes aux autres qu’un vrai texte, spontané, naturel. Un texte qui m’a finalement paru dénué d’âme.

La dernière séance d’écriture est ce soir à 18h. Il est 10h46, je suis en cours de maths sur les intégrales. Les lignes qui précèdent sont bien différentes du texte que j’avais commencé, celui où j’expliquais en long et en large la raison pour laquelle je me retrouve en première année, act 2. Mais ce n’est pas passionnant. Préférons donc le teaser vite fait bien fait, avec un style hollywoodien. Allons-y : Cinq ans d’études en Algérie. Master 2. Démarches campus France échouées. Semblant de désespoir. Bac français passé sur place ‒ why not ? Parcoursup France. Entrée à l’université de Lyon 1 avec un mois de retard ‒ avec moi comme principal protagoniste, mais surtout
antagoniste : à la fois bon et mauvais pour moi-même... Maintenant, complétez le récit comme vous l’entendez.

N’ayant pas le courage de relire ce que j’ai écrit, je me demande si je suis toujours cohérent ou si je me suis perdu en cours de route… À la base, je parlais du fait que je fais tout au dernier moment, c’est ce qui ressortait le plus dans mon ancienne nouvelle. Le fait que j’ai besoin du stress de l’échéance pour m’activer, comme je viens de le faire pour demander ma carte vitale ou prendre rendez-vous avec une banque physique. Je pourrais même disserter sur les trois examens qui se profilent au cours des dix prochains jours. SPOILER ALERT. Je ferai mes révisions à chaque fois la veille ‒ un peu comme toi ‒ Oh, le gars qui fait l’auteur qui touche ses lecteurs ! En vrai, j’essaie juste de me rassurer et de me dire que je ne suis pas le seul dans cette situation. Personne ne lira peut-être ce passage du texte… Qui sait si toi-même, lecteur, tu ne te seras pas lassé au bout des trois premières lignes de mon laïus ?

Je peux donc faire mon mea culpa. OUI, je l’avoue, je le fais un peu exprès d’être en retard ! Réviser au dernier moment me donne une justification pour me dire que si les résultats ne suivent pas, c’est à cause de ce comportement qui confine à la procrastination. Et puis du moment où il ne remet pas en cause mes capacités ou ma méthode, que mon ego reste protégé, je le répète : why not ?

Du reste, n’est-ce pas plus efficace de faire les choses à la dernière minute vu qu’on gagne tout le temps qu’on a passé à ne pas le faire ? Tu me suis,
lecteur ?

Sur cette réflexion hautement philosophique et sûrement déjà présente dans un forum jeuxvideo.com, je termine mon texte, regarde l’heure sur mon
écran : 11h09. Le cours de maths sur les intégrales n’est pas près de se terminer.


Publié le 7 avril 2022