Pour ou contre - Regards étudiants

Pour ou contre

Adrien Moreno

Sur une toute petite planète, il était une fois le règne d’une grande maladie. Et cette maladie avait deux conséquences fâcheuses. La première conséquence, c’est qu’elle tuait certaines personnes. Ça, c’était ennuyeux. La deuxième conséquence, eh bien, nous la détaillerons plus tard.

Heureusement, ce qu’il faut aussi savoir, c’est qu’en ce temps-là, la toute petite planète était divisée en deux continents. À droite de la planète, il y avait un continent avec des gens qui pensaient que la vaccination était une bonne chose et, à gauche de la planète, il y avait les gens qui pensaient que la vaccination était une mauvaise chose. C’était d’autant plus vrai que dans ces deux populations, chacun et chacune était fermement campé⸱e sur ses positions.

Apparemment, il y avait en ce temps-là aussi un espace neutre, sur une île, entre ces deux continents. Ce n’était pas tout à fait un troisième continent, c’était simplement une zone neutre. Et sur cette zone neutre, les personnes des deux continents pouvaient s’aventurer. Le problème, justement, était là. Car il était obligatoire d’aller en zone neutre pour se voir délivrer un pass sanitaire.

De ce fait, il n’existait pour ainsi dire aucune bonne solution. Au départ, il n’y avait pas de règle et chaque personne pouvait se rendre en zone neutre. Le souci, c’est que cela produisait des affrontements ! Les personnes du continent de droite étaient en désaccord avec les personnes du continent de gauche, et les personnes du continent de gauche refusaient d’être en accord avec le désaccord des personnes du continent de droite. L’affaire se transformait en un véritable sac de nœuds et des conflits éclataient.

Opportunément, pour couper court à toutes les chamailleries, une règle fut votée. Les accès à la zone neutre se feraient à tour de rôle. Les jours pairs, les gens du continent de droite pourraient s’y rendre, et les jours impairs, les gens du continent de gauche pourraient y aller. Mais encore une fois, la situation empira. Lorsque les personnes du continent de droite étaient autorisées à aller en zone neutre, la toute petite planète était déséquilibrée et se mettait à pencher dangereusement. Il est même arrivé que certaines personnes tombent dans le vide sidéral. Et, évidemment, lorsque c’était au tour des personnes de gauche, la même situation se produisait, mais à l’inverse.

Karma légiférant d’après certains, c’était toujours les plus extrémistes qui tombaient. Mais des gens tombaient tout de même. Lorsqu’on en eut marre de tomber des deux côtés de la planète, on décida d’entamer à nouveau les pourparlers. Il n’était certainement pas possible de continuer ainsi ! Aucune entente nonobstant ne semblait possible… Il faut dire que tout opposait ces gens. Mais, sagement, on prit la décision de revenir à la solution précédente en concluant qu’il valait mieux se trouver dans une mauvaise situation plutôt que dans une très mauvaise situation. Depuis ce temps, les populations des deux continents se côtoient en zone neutre. Un sage, qui un jour passait par là, a supposé que tous et toutes s’étaient enfin mis d’accord. En réalité, ce n’est pas tellement vrai, le fin mot est plus cocasse encore… À force de débats et de pourparlers, nos deux populations en sont venues à oublier lequel des deux continents était pour la vaccination et lequel était contre. J’aurais tendance à ériger cela comme la morale de notre histoire.

Sans aucun doute, je pourrais éprouver beaucoup de plaisir à détailler plus avant le contexte, mais je dois avant tout vous prévenir d’autre chose. Depuis que les accords de paix ont été signés, la géographie de la planète a changé. En haut de la planète, il y a un continent avec des gens qui pensent que la mondialisation est une bonne chose, et en bas de la planète, il y a les gens qui pensent que la mondialisation est une mauvaise chose. Cela est d’autant plus vrai que dans ces deux populations, chacun et chacune est fermement campé⸱e sur ses positions.


Chaque début de paragraphe commence par une lettre du mot SHADOKS.


Publié le 6 avril 2022