L’histoire d’une étudiante qui n’était pas si perdue - Regards étudiants

L’histoire d’une étudiante
qui n’était pas si perdue

Héphaïsia

Un jour, je fus celle qui découvrait pour la première fois la Norvège pendant une année d’Erasmus. Il était 23h, la lumière était sombre mais je pouvais encore apercevoir des rayons lumineux. C’était comme un soir de pleine lune. Je me souviens que j’ai mal dormi la première fois, je n’avais pas de couette et ma colocataire norvégienne avait l’air très surprise de me voir arriver. Je me suis fait beaucoup d’amis au début et j’ai adoré cette atmosphère de nouveautés et de découvertes. Je parlais avec des personnes de toutes les nationalités et j’en apprenais un peu plus chaque jour. J’ai beaucoup progressé en anglais avec ma colocataire hollandaise. Elle avait beaucoup de patience, toujours curieuse de ce que j’allais bien pouvoir dire. Elle m’a appris tellement de nouveaux mots, c’est grâce à elle que je peux parler anglais maintenant. On a partagé de vrais bons moments ensemble, comme cuisiner, faire de la randonnée, regarder les aurores boréales.

Pourtant, hier j’étais celle qui regardait la pluie tombée et ruisselée dans les rues de Copenhague, sur le bord de la fenêtre. J’étais celle qui imaginait beaucoup, beaucoup trop. J’allais en cours par mécanisme, j’étais comme un robot vide d’envies. J’étais celle qui était dans une filière qui ne lui correspondait pas et je le savais. Je le savais, car je rêvais de faire autre chose. J’avais pourtant plein d’idées, mais j’étais comme bloquée là où j’étais. Je le savais car il m’arrivait souvent d’avoir l’esprit ailleurs, comme si le monde extérieur m’appelait. J’étais lassée d’observer et d’être prisonnière d’un monde qui ne m’appartenait pas.

J’ai toujours été attirée par les voyages et les différentes cultures. Alors un jour, je suis allée au bureau international de ma fac et j’ai découvert que je pouvais faire un Erasmus ! Il y avait un accord entre ma fac et l’université de Tromsø au nord de la Norvège, un pays que je rêvais d’aller visiter. Depuis ce jour, mes journées furent beaucoup plus belles et intéressantes. Je n’avais qu’une idée, c’était de partir et d’accomplir mon rêve. Finalement, je me sentais chanceuse et reconnaissante d’avoir l’opportunité de partir loin. Loin pour me faire du bien mais aussi pour me redonner goût aux études et revenir avec un nouveau regard.

Je me souviens du moment où j’étais en stage en Norvège. Je devais couper cette carotte sédimentaire en deux avec une scie. Je n’étais pas du tout à l’aise, mais cela a fonctionné. J’avais des bottes en caoutchouc beaucoup trop grosses pour mes pieds, une combinaison beaucoup trop grande, et une scie circulaire dans la main. Je me suis trouvée soudainement dans une situation que j’étais loin d’avoir imaginée un jour. Mon esprit a soudainement envisagé l’idée que je n’étais pas du tout faite pour ce genre d’études. Et effectivement, avec le recul, maintenant je peux affirmer que oui, je suis beaucoup plus heureuse dans mes études en médiation scientifique.

Ce stage m’a permis de réaliser que je devais changer et faire quelque chose de complètement différent. Pourtant je le savais depuis longtemps déjà, mais c’était comme si, durant tout ce temps, je ne voulais pas le reconnaître. Durant ce stage, je ne me souviens même pas avoir été contente un seul jour avant d’aller travailler. J’étais tellement stressée et angoissée à l’idée de commencer la journée. Je détestais mes journées, j’étais toujours ennuyée, énervée et fatiguée. Je n’avais qu’une hâte, c’était de retrouver mon lit le soir, pour dormir et oublier. Oublier, pendant 8 heures. J’espérais secrètement pouvoir ne jamais me réveiller. Pour moi, ce souvenir représente mon inadéquation avec ces études et c’est grâce à ce stage que j’ai pu prendre la décision de les arrêter. J’étais très contente de prendre enfin cette décision, l’annoncer et commencer à réfléchir à quelque chose d’autre.

Mais laissez-moi vous parler de celle que je suis aujourd’hui. Je suis très heureuse d’être ici en France. La France m’a beaucoup manqué, surtout le matin. Lorsque l’odeur du pain au chocolat et du croissant parfume la rue entière. C’est la première fois que j’ai vraiment choisi mes études et je me sens libre. Les nouvelles soirées dans les rues de Lyon m’emportent dans une nouvelle dimension, un nouvel espace. La musique que j’écoute avec mes nouvelles amies m’entraîne dans des soirées magiques. Je suis une nouvelle nature, naturelle et spontanée. Il y a beaucoup de choses à faire et j’adore ça.

Plus tard, je serai celle qui aimera son métier, et qui sera, je l’espère, en alignement avec ses valeurs. Je serai peut-être en train de travailler en France ou ailleurs, mais pour l’instant je n’ai aucune idée de ce que je veux réellement faire. Ça ne me fait pas peur, au contraire tout est possible. Tout ce que je sais c’est que je me sens au bon endroit, ici, à Lyon. Alors, je serai peut-être celle qui sera heureuse de raconter son parcours professionnel à ses futurs collègues.


Publié le 6 avril 2022