Immersion en plein amphi - Regards étudiants

Immersion en plein amphi

Moroni

Le moment inouï où j’ai eu mon premier cours dans un amphi, tout me paraissait abyssal et démesuré.

Je me souviens des regroupements d’étudiants par groupe de six, quatre, trois, deux ; et d’autres tout seuls. C’est quelque chose qui m’a beaucoup marquée et qui me travaille encore aujourd’hui. Je me demande toujours par quelles catégories et quelles espèces de règles ou d’affinité les regroupements entre étudiants se font. D’où vient cette cohésion ? Se connaissent-ils depuis toujours ? Combien de temps ça prend avant de bien s’entendre au point de toujours traîner ensemble ? Est-ce que ces amitiés-là perdurent au-delà du campus ? Et moi dans tout ça ? Peut-être que cet aspect me marque autant parce que je ne réussis jamais à m’intégrer dans un groupe. J’ai du mal à me sentir à ma place dans un cercle d’amis. Tout compte fait, je dois reconnaître que les lois d’interaction mutuelle qui régissent un groupe m’échappent complètement. Peut-être qu’au final j’envie un peu ce « vivre en groupe », ou au fond, peut-être pas… !

En plein milieu de l’amphi, je me souviens des flots de conversations, telle une tempête de pluie, venant de part et d’autre de cet immense espace. Je me souviens de la couleur blanche vive des ampoules qui illuminait les visages. Je me souviens avoir relevé la tête plus d’une fois pour mesurer l’étendue de la hauteur céleste du plafond. Plongée au fin fond de cet amphi océanique, je tentais tant bien que mal de garder mon souffle. Je me souviens de l’atmosphère insolite de ce moment-là. Assise tout en haut, à la dernière rangée, j’observais ces groupes d’étudiants tel un raz de marée. Je me souviens de la sensation singulière qui s’est emparée de moi tout au long du cours. Cela dit, je ne me souviens pas du tout de quel cours il s’agissait exactement.

À l’arrivée du prof, un silence brusque s’installa. Tous les regards se sont tournés en sa direction. Il s’installa au-devant de la scène à côté de trois immenses tableaux blancs interposés. Il commença à introduire son programme devant la marée d’étudiants. Je l’imaginais comme un capitaine capable de dompter l’océan avec son navire. Les traits de son visage m’apparaissaient vaguement. Je le regardais sans le voir, je l’écoutais sans l’entendre. Engloutie par les eaux de l’Amphi, j’étais là, sans être là.


Publié le 6 avril 2022