Finalement, ce sera pour plus tard - Regards étudiants

Finalement, ce sera pour plus tard

Élisa

Enfin j’atteins mon lit et, bien au chaud, je me rappelle cette journée. Pour la première fois depuis des mois, j’ai eu le courage d’aller en cours. À tous. Alors certes, il y en avait peu. Je me suis aussi un instant laissée envahir par l’angoisse. Ma concentration m’a parfois fait défaut. Mais je suis fière de moi. Fière d’avoir combattu le silence pesant du matin. Fière d’avoir marché dans le froid jusqu’à l’université. Je sais que ce n’est pas encore parfait. Mais au fond, rien ne l’est jamais vraiment ; demain sera un meilleur jour. Et si ce n’est pas demain, ce sera pour plus tard. J’ai toute une vie pour aller mieux.

Je me réveille. Encore une nuit trop courte passée à cogiter, à ressasser. La tête encore dans le nuage de mes rêves, j’enfile mes chaussures. Je marche. Un épais brouillard assombrit l’horizon ce matin, si bien que je ne remarque pas cette étendue d’herbe inhabituelle. Quelques secondes s’écoulent avant que je ne réalise ce qu’il se passe. Je ne suis pas au bon endroit. J’ai dû me tromper de chemin… Je prends mon portable pour regarder ma localisation. Et… Quoi ?! Je suis au bon endroit. Mais pourtant… il faut que je m’assoie pour réfléchir. Il n’y a personne. Juste le brouillard et cette mystérieuse étendue d’herbe. C’est peut-être un signe… Oui ! Voilà ! Je vais rentrer dormir.

Après un pseudo-coma de cinq heures, je me réveille. Je repense à ce qu’il vient de se passer. Je décide d’aller voir sur internet si je trouve plus d’informations. Comme je l’avais prévu, le monde s’affole. Un grand vide dans nos vies et dans nos villes. Étonnamment, je ne suis pas angoissée mais plutôt soulagée. Plus d’avenir pour les jeunes. Plus d’avenir… Je n’y crois pas vraiment. Ils vont rebâtir tout ce qu’ils ont perdu. Et en mieux. Mais moi je suis fatiguée. Je vais dormir en attendant que tout revienne, comme tout a disparu.


Publié le 6 avril 2022