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Claire Truche, directrice artistique du Théâtre Astrée

Copyright Eric Le Roux - service communication Lyon 1

Claire Truche, directrice artistique du Théâtre Astrée propose avec la Nième compagnie une programmation annuelle de spectacle vivant (théâtre, danse, musique…) au sein d’une université scientifique.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai fait un conservatoire professionnalisant à Grenoble. Au départ, j’étais comédienne et je travaillais avec divers metteurs en scène. Puis je suis venue  à Lyon qui est un endroit intéressant pour le travail dans le milieu culturel.

En 1992, j’ai créé la Nième Compagnie et monté mon premier spectacle, « L’affaire Caserio ». Il parlait de l’anarchiste italien qui a tué Sadi Carnot. J’ai eu l’occasion de lire le dossier d’instruction de cette affaire, ce qui a attisé ma curiosité et qui a mené à cette création artistique sur son parcours et sur  la question plus générale « comment faire pour être entendu dans la société ? ».

Puis, suite à cela, petit à petit, j’ai fait des spectacles qui creusaient la manière dont nous, êtres humains qui devons évoluer au milieu des autres, se comportons en société, et quelles sont les incompréhensions qui peuvent survenir.
C’est à partir de ces questionnements que je me suis mise à travailler de plus en plus avec les scientifiques : au départ, sociologues, ethnologues, linguistes… Je me suis aussi intéressée aux différences culturelles (par exemple, sur le mélange de la culture groenlandaise et la culture française) car j’aime déplacer le « centre de gravité » de notre vision.
C’est tout cela qui m’a amené tout naturellement à travailler sur le cerveau humain. Alors, en arrivant à Lyon 1 en 2011, où j’ai passé 3 ans en résidence, j’ai pu confronter mes projets au milieu universitaire.
Depuis octobre 2014, j’ai pris les fonctions de directrice artistique du Théâtre Astrée. Ce qui m’a permis de collaborer avec le Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (CRNL) et mes prochains projets de création sont très liés à cette question qui est finalement… sans fin !

Quel est votre projet et celui de la Nième Compagnie au sein de Lyon 1 ?

En arrivant ici, j’ai souhaité proposer un axe « art et sciences » dans la programmation et dans les spectacles présentés au Théâtre Astrée. En effet, la science fait beaucoup changer notre société et la question du comportement de l’être humain face à cela me passionne. Nous venons de terminer les représentations d’une création de la Nième Compagnie qui s’appelle « Comment je suis devenue stupide ». Ce spectacle posait un regard sur notre société « drôlement désespérée ».

La programmation 2014/2015 se construit sur la base de rencontres autour de l’axe choisi, elle aborde différents thèmes au cours de l’année.

Par exemple, j’ai récemment rencontré Vincent Borelli de la Maison des Mathématiques et de l’Informatique. De cette rencontre est née l’envie de traiter, en mars, les mathématiques par la danse, une conférence théâtrale dessinée, de la musique, du théâtre . Pour rester dans l’axe choisi, la musique sera abordée à travers des pièces  de Bach et Steeve Reich, grand compositeurs ayant travaillé sur le rythme et le découpage du temps, jouées  par le Conservatoire de Lyon. Il y aura aussi le CNSMD, avec l’installation d’une machine « technologique » au centre de la scène.

Sur le thème des maths, la prochaine création de la Nième Compagnie, « Petites notes de mathématiques », aura lieu en mars et avril 2015. Principalement hors les murs et itinérante, ce sera une performance théâtrale qui abordera le rapport au cerveau et qui abordera la différence entre ceux qui sont forts en mathématiques et ceux qui ne le sont pas, en s’inspirant de la recherche neuroscientifique.

Dans la programmation, un autre thème sera aussi abordé, dès novembre, celui des rêves.

De manière générale dans mon travail, ce qui me passionne , c’est de retenir quelque chose qui m’intéresse et qui m’amuse quand je ne connais rien à un sujet. Je veux que le spectateur soit surpris et qu’il y trouve du plaisir. Je trouve que ce qui est motivant pour un spectateur, c’est la jubilation, quand on sort d’un spectacle et qu’on est réjoui. J’aime bien l’idée de ne « pas se prendre au sérieux ». Cette façon de fonctionner me permet de traverser  de nombreux univers spécialisés, dont j’essaie d’ouvrir quelques portes.

Je terminerais en parlant  d’un point important qui intéressera particulièrement tous les personnels de Lyon 1 : nous avons pris en considération, dans la programmation, les contraintes horaires de chacun en avançant l’heure des spectacles à 19h19 (au lieu de 20h30).
Nous espérons que cela les encouragera à venir. Tout cela se passe dans une ambiance conviviale car nous avons vivement souhaité proposer un « tout ». Ainsi une buvette artisanale se tient avant et après chaque spectacle.

Quelle est votre vision personnelle de l’espace théâtral et de l'art vivant au sein de l’Université ?

Je suis ravie d’être ici dans une université. C’est important, et rare en France, de pouvoir bénéficier d’un théâtre. Il faut que ça se sache et que les gens s’en emparent. C’est dans cet état d’esprit que je suis. C’est pour cela que nous sommes sans cesse à la recherche d’idées, même hors les murs.

Le Théâtre est aussi un espace fragile, qui n’existe que par les subventions et qu’il faut préserver, surtout avec le choix politique de gratuité pour les étudiants. Ce sont donc les spectateurs qui font exister un endroit comme celui-là.

Ce qui me plaît beaucoup, c’est qu’un équipement comme Astrée est un espace énorme de liberté à conquérir. Il faut que les gens en venant voir les spectacles, aient envie d’être dans cet espace de liberté. Mais c’est aussi à nous, équipe de la Nième Compagnie, de savoir aller sur tous les territoires de l’université.

Pour donner vie à cela, nous avons eu l’idée de créer la « bande de spectateur », dont le premier rendez-vous est le 3 novembre 2014 à 19h, qui propose des rencontres, ouvertes à tous, pour être plus proche de la création et favoriser le « brassage des genres ». Répétitions publiques, rencontres avec des artistes, tout reste à inventer avec ceux qui le souhaitent !

Publié le 1 novembre 2014 Mis à jour le 15 novembre 2016