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Après la plus grande extinction de tous les temps, des fossiles exceptionnels dévoilent une biodiversité inattendue

A la fin de l’ère primaire, la plus grande extinction de tous les temps rayait de la carte 90% des espèces alors existantes. Un nouveau gisement paléontologique situé près de Paris, Idaho (USA) lève le voile sur une diversité d’êtres vivants aussi spectaculaire qu’inattendue moins de 1,5 millions d’années après la crise.

Il y a 252 millions d’années avait lieu sur Terre la plus grande extinction décrite à ce jour : la crise Permien-Trias (PT). Neuf espèces sur dix disparaissaient définitivement lors d’un écocide majeur manifestement déclenché par d’immenses éruptions volcaniques localisées en Sibérie.

Durant les 5 millions d’années qui suivirent cette extinction de masse, soit la totalité du Trias inférieur, la biosphère resta très fortement perturbée, tant sur le plan physico-chimique (perturbations majeures des principaux cycles géochimiques globaux) que biologique, avec au moins trois autres phases d’extinctions consécutives à la crise PT.
 


Cette forte instabilité environnementale est classiquement considérée comme la cause directe de la très faible biodiversité enregistrée durant tout le Trias inférieur, définissant ainsi une longue période de survie post-crise suivie d’une lente rediversification des espèces à partir du Trias moyen.

Mais l’histoire semble bien plus complexe que cela… Une équipe internationale de paléontologues, sédimentologues et géochimistes, coordonnée par Arnaud Brayard (Laboratoire Biogéosciences, CNRS-Université de Bourgogne Franche-Comté, Dijon) et impliquant deux laboratoires de l'Université Claude Bernard Lyon 1, l'Institut de Génomique Fonctionnelle de Lyon (Université Lyon 1/CNRS/ENS de Lyon) et le Laboratoire d'Ecologie des Hydrosystèmes Anthropisés (Université Lyon 1/CNRS/ENTPE) soumet depuis plusieurs années ce scénario classique à l’épreuve des données, remettant ainsi en question de nombreux paradigmes tenus jusqu’alors pour acquis.

Ils franchissent aujourd’hui une nouvelle étape décisive en dévoilant le contenu aussi spectaculaire qu’inattendu d’un nouveau site paléontologique daté de moins de 1,5 millions d’années après la crise PT : le gisement de Paris Canyon.

 

Proche de la ville de Paris, Idaho (USA), ce gisement est une véritable fenêtre ouverte sur la vie marine au Trias inférieur. Et le paysage qu’il révèle est aussi spectaculaire qu’inattendu. Spectaculaire car les fossiles exceptionnels de Paris Canyon montrent encore certaines structures originellement peu (ou pas) minéralisées, apportant ainsi des informations d’ordinaire inaccessibles aux paléontologues.
 

Inattendue car de telles conditions de fossilisations révèlent une impressionnante biodiversité animale, incluant des éponges, des brachiopodes, des mollusques, des arthropodes, des échinodermes et des vertébrés, tous ces organismes ayant coexisté dans le même écosystème.

 

Parmi la trentaine d’espèces identifiées à ce jour, deux attirent plus particulièrement l’attention : une éponge (Figure 3A, B) et un mollusque (Figure 3L). La plupart des éponges retrouvées à Paris Canyon appartiennent à un groupe très primitif aujourd’hui disparu, les leptomitides, groupe jusqu’à présent connu uniquement au début de l’ère primaire (Cambrien et Ordovicien, entre 520 et 460 millions d’années), soit plus de 200 millions d’années plus tôt.

Les éponges de Paris Canyon constituent donc un cas remarquable de "taxon Lazare" – un groupe que l’on croyait disparu à tort, du seul fait d’un enregistrement paléontologique déficient. Inversement, une des nombreuses espèces de mollusques retrouvées à Paris Canyon est apparentée au groupe des calmars (céphalopodes coléoïdes possédant un gladius), des animaux que l’on pensait jusqu’à présent apparus au début du Jurassique, soit 50 millions d’années plus tard!

Au total, les fossiles de Paris Canyon illustrent une biodiversité plus grande et un écosystème marin bien plus complexe que ceux décrits jusqu’à présent pour le Trias inférieur. Plus surprenant encore, dans une biosphère encore profondément perturbée par la crise PT, le biote de Paris Canyon associe des groupes anciens, survivants de l’ère primaire, et les premiers représentants de groupes modernes, encore présents dans la nature actuelle.

A quel point un tel écosystème constitue la règle ou l’exception durant les premiers millions d’années post-crise reste une question ouverte. Une chose cependant est désormais acquise : à la frontière entre deux mondes, et dans le prolongement direct d’une crise biologique et environnementale majeure, le Trias inférieur est une période charnière de l’histoire de la vie sur Terre.

Une période complexe, perturbée, mais certainement pas dévastée ; une période qui n’a pas fini de livrer tous ses secrets !

 

 

 

 


 

Publié le 17 février 2017 Mis à jour le 24 février 2017