Publication scientifique


La perturbation du cortex préfrontal dorsolatéral rend plus sensible à la corruption

Des chercheuses et chercheurs de l'Institut Marc Jeannerod ont exploré les mécanismes cognitifs en jeu dans la décision d'accepter ou non un pot-de-vin.

Le cortex préfrontal dorsolatéral est-il causalement impliqué dans la malhonnêteté, et plus précisément dans la décision d’accepter un pot-de-vin ? En utilisant une technique de stimulation électrique et des modèles mathématiques, les scientifiques mettent en évidence le rôle causal de cette région en étudiant l’influence du coût moral de la connivence avec la malhonnêteté du corrupteur. Les résultats, publiés dans la revue Psychological Science montrent que le cortex préfrontal dorsolatéral est causalement engagé dans l’inhibition de l'acceptation de pots de vin.

La corruption désigne le fait pour une personne investie d'une fonction déterminée de solliciter ou d'accepter un don ou un avantage quelconque en vue d'accomplir, ou de s'abstenir d'accomplir, un acte entrant dans le cadre de ses fonctions. Cet abus de pouvoir confié à des fins privées est aujourd'hui un problème social répandu, mais complexe à étudier. Il a pour conséquences de freiner de nombreux projets de développement économique, d’aggraver les inégalités sociales et de défier les organisations et les gouvernements de par le monde. La corruption a été largement étudiée au cours des deux dernières décennies dans des domaines tels que la science politique, la sociologie, l'économie et la psychologie. Cependant, ses bases cérébrales sont encore mal comprises et peu étudiées. Comment étudier les mécanismes neuronaux sous-jacents à la prise de décision impliquant des actes de corruption ?

Les chercheurs ont utilisé la stimulation électrique transcrânienne par courant continu (tDCS) et demandé à 120 participants placés dans un rôle de détenteurs de pouvoir de décider d'accepter ou de rejeter des offres monétaires proposées par une autre personne. Si l’offre était acceptée, les deux personnes (participant et ‘corrupteur’) bénéficiaient de l’offre, tandis que si elle est rejetée, personne ne gagnait d’argent. Puisque décider dans la condition ‘pot-de-vin‘ (vs. Contrôle) comprends un coût moral consécutif à l'acceptation du pots-de-vin (i.e. le coût de la connivence avec la malhonnêteté du corrupteur), cette expérience permet d’identifier le rôle spécifique du préfrontal dorsolatéral dans les décisions de pots-de-vin proposés par un corrupteur, en pesant les avantages monétaires et les coûts moraux.

Les résultats ont montré que la perturbation avec la tDCS du cortex préfrontal dorsolatéral droit rend les participants plus enclins à accepter des pots de vin quand la proportion de l’offre augmente. Cet effet s'explique par un modèle mathématique de préférence sociale qui intègre le coût moral de connivence. Le modèle démontre que cette modulation par la tDCS altère la considération pour profiter soi-même des pots de vins et transforme la perception de l’inégalité relative entre soi-même et celui proposant le pot de vin. Ces résultats identifient les bases neurocomputationelles sous-jacentes à la corruption, indiquant un rôle causal de l’intégrité du fonctionnement du cortex préfrontal dorsolatéral dans la prévention des décisions corrompues.

[Brève CNRS INSB]
 
Publié le 4 mars 2022